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La scène finale (diffusée ce dimanche sur Be TV) est comme un coup de poing à l’estomac. Elle nous laisse traumatisés, frustrés, pantois : non, ça ne peut pas se finir comme ça ! Pas encore, après la fin ouverte de la saison 2, diffusée il y a 26 ans, où l’agent du FBI Dale Cooper revenait à Twin Peaks, possédé par l’entité maléfique Bob. Pas en nous maintenant ignorants de ce qu’il adviendra de plusieurs personnages.

David Lynch et Mark Frost n’ont fait aucun cadeau à leurs fans : "Twin Peaks : The Return" s’achève sur une note terrifiante et désespérée. L’avant-dernier épisode, très émouvant et enraciné à Twin Peaks, aurait parfaitement clôturé cette aventure. Mais non. Ils réécrivent toute l’histoire, avec un ultime chapitre qui nous ouvre les portes d’un monde dont la noirceur laisse envisager le pire.

Nous voilà donc au terme d’un voyage de 18 heures, d’une œuvre unique et inclassable qui a dépassé tout ce que l’on avait pu imaginer.

On a retrouvé avec un bonheur immense les habitants de Twin Peaks, un quart de siècle plus tard. On a adoré les performances d’acteur de Grace Zabriskie (Sarah Palmer), Everett Mc Gill (Ed Hurley) et David Lynch himself (Gordon Cole).

On a ri et on a pleuré. On a été choqué par l’horreur de certaines séquences et on est resté sidéré devant la beauté des épisodes 3 et 8 en particulier.


On a halluciné devant les audaces de mise en scène de Lynch, qui impose un tempo extrêmement lent, à une époque où tout doit aller de plus en plus vite, des séquences d’un quart d’heure sans aucun dialogue mais d’une densité incroyable, l’alternance d’effets spéciaux sophistiqués et "old school", comme il en utilisait dans ses premiers courts métrages.

On a tout de même regretté le manque d’humour ou déploré qu’il tombe à plat et on a moyennement apprécié le volet Las Vegas de cette saison 3.

Alors oui, l’audience n’a pas été au rendez-vous et ceux qui attendaient une stricte continuité à "Twin Peaks" en ont été pour leurs frais. Mais c’était prévisible : David Lynch n’a pas pour habitude de céder à la facilité. Avec "Twin Peaks : The Return", il nous a offert une synthèse de son œuvre cinématographique mais aussi plastique. On y a retrouvé ses délires, ses fantasmes, ses obsessions, ses acteurs et plans fétiches, qu’il décline depuis 50 ans. Pour entrer dans la saison 3, une connaissance approfondie de son travail était indispensable. Un lâcher-prise aussi : l’œuvre de Lynch ne doit pas être comprise à tout prix; on peut juste se laisser porter dans les méandres de ses cauchemars.

Y aura-t-il une suite ? Rien n’est certain mais on l’évoque. On la veut mais si elle voit le jour, "Twin Peaks : The Return" nous le garantit : elle nous laissera bouleversés et profondément déstabilisés.