Série TV

Ma mission est de faire en sorte qu’on ait des séries exigeantes et populaires à l’écran. Cela passe par l’accompagnement des équipes, les discussions avec les conseillers artistiques et l’organisation pour accompagner au mieux les projets", explique Sylvie Coquart, scénariste et nouvelle responsable de la fiction à la RTBF.

Raconter la société dans les séries

"Le projet de ‘Fonds des séries’ de 2013 tel qu’il m’a été présenté par François Tron voulait jouer sur la notionlocal is global’, soit des projets ancrés dans la réalité belge d’aujourd’hui (même en passant par le prisme de l’histoire) pour qu’ils puissent dépasser les frontières. Le pari est que si les séries répondent à cette exigence, le propos va toucher l’international. Le rôle des créateurs est de sentir notre société avec ses failles et de les raconter à travers la série."

Qu’entend-on par séries exigeantes et populaires à la RTBF ? "Pour moi, elles sont à la fois très pointues sur le contemporain - l’analyse de la société - et touchent un public qui n’est pas limité aux geeks de 25 ans ou aux plus de 75 ans."

Sylvie Coquart ne croit cependant pas au "tout public". "Si c’était le critère, la RTBF n’aurait fait ni ‘La Trêve’, trop anxiogène, ni ‘Ennemi public’, trop sombre. On ne connaît pas le public, il faut aller à sa rencontre. Si on trouvait les bonnes idées de séries en lisant les courbes d’audiences, ça se saurait. On doit vraiment faire confiance aux auteurs dans leur capacité d’analyse de la société d’aujourd’hui. C’est leur rôle. On croule sous les exemples de séries pleines de bonnes intentions et pas trop dérangeantes qui n’ont pas fonctionné. En comité de sélection, avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, on a refusé des projets comme cela, qui n’énonçaient rien. Parler de notre société, cela peut passer par plein de canaux, c’est aux auteurs de nous proposer leur façon d’aller interroger cette réalité."

Le gros avantage d’avoir des auteurs et des réalisateurs qui assurent l’accompagnement artistique des projets "c’est qu’on a de la bienveillance et en même temps, on en connaît les travers pour les avoir nous-mêmes expérimentés. On voudrait leur éviter ces écueils. Je voudrais d’ailleurs que les auteurs aient cette liberté de venir ‘pitcher’ chez nous pour que nous puissions les aider, dès le début."

Beaucoup d’auteurs viennent du long métrage, des webséries, des écoles de cinéma ou du téléfilm "mais la grammaire de la série contemporaine est très différente", rappelle-t-elle.

Aller du film à la série

"En France, il y a eu plus d’entraînement sur les séries en 52 minutes. Ce qui m’intéresse, c’est de mettre en place cet accompagnement des auteurs qui ont le talent et l’envie. Ils savent comment dire leur sujet dans un film, on va les aider à aller vers la série."

Pour arriver à trois ou quatre bonnes séries, il faut en mettre plusieurs en production. "Il faut aussi admettre que tout n’aura pas le succès, le sens ou le caractère percutant de ‘La Trêve’ou d’‘Ennemi public’. Les échecs font partie du processus de création, c’est normal. Séverine Jacquet, Martin Brossolette et moi nous assurons le suivi artistique des 17 séries en développement ; Ariane Meertens s’occupe de la phase de production", précise-t-elle.

Et qu’en est-il de Vincent Lannoo ? "Il a suivi le développement artistique d’‘e-Legal’, de ‘Champion’ et d’‘Unité 42’. Il va quitter l’équipe en décembre pour réaliser ‘Comme les autres’ et s’occuper de la réalisation du nouveau projet ‘Warning’. Il n’y a aucune complaisance, je veux être très claire à ce sujet ! En plus, on sait très bien qu’on nous attend au tournant. Le problème, c’est que le milieu de la série en Belgique est tout petit. On est obligés de faire avec ceux qui savent car certains vieux de la vieille, eux, ne sont pas toujours assez souples ou assez réactifs. Vincent a déjà réalisé une série ("Trepalium" pour Arte, NdlR). Quoi de mieux que des Belges qui ont de l’entraînement pour arriver à faire exister ce secteur en Belgique ? Mon rêve c’est que des gens qui ont réussi de bonnes séries avec la RTBF puissent devenir un jour conseillers de programmes. C’est important que les conseils viennent de gens qui ont connu cette traversée artistique et ont donc cette projection et cette bienveillance. Mon avantage, c’est que je n’ai pas de copains producteurs ici, donc on ne peut pas me soupçonner de parti pris", conclut-elle en souriant.

La métaphore de la Formule 1

Un autre canard à qui elle veut tordre le cou ? "Il faut arrêter de croire qu’on fait une série comme on fait un long métrage ‘arty’. Faire une série en dix épisodes, c’est comme conduire une Formule 1 pendant 24h, sans s’arrêter, en étant opposé à des professionnels. Il y en a encore qui croient que ça va se faire tout seul. Mais c’est faux, il faut que les producteurs soient en ‘paternage’ et voient tout de suite si ce qu’on imagine rentre dans le budget défini. Le talent ne suffit pas, il faut du boulot. On demande aux auteurs un exercice extrêmement compliqué pour arriver à des personnages qui tiennent et à une ligne claire qui sous-tend les dix épisodes. Il faut vraiment qu’auteurs, réalisateurs et producteurs travaillent main dans la main, qu’ils partagent une vision unique."

Reste un chantier à lancer, selon elle. "On voudrait favoriser le 26 minutes. Il faudrait au moins organiser une sélection dans ce sens pour pouvoir aborder la comédie parce que, souvent, en 52 minutes, on bascule vers la dramédie et c’est très compliqué. Mais il faudra régler la question de la programmation en prime time."