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Il faut décidément s’accrocher face à « The Walking Dead »**, dont la 4e saison débute ce soir à 20h45 sur Be Séries! Décrivant depuis 2010 un monde apocalyptique, où les zombies ont pris le pas sur les vivants, l’adaptation du comics de Robert Kirkman est l’une des oeuvres les plus noires de la télévision américaine actuelle. S’il s’agit d’un classique récit de survie, la longueur offerte par le format de la série (et le comics d’ailleurs) étire celui-ci de manière quasiment insupportable. La menace qui pèse sur les personnages ne semble jamais s’apaiser. A chaque fois que les survivants pensent avoir reconstruit un semblant de vie normale, tout est toujours à recommencer. Et chaque fois, on sombre un peu plus dans l’horreur, dans la désintégration de la civilisation…

Le début de cette saison 4 se révèle assez peu intéressant. Rick Grimes et sa bande sont toujours réfugiés dans leur pénitencier au fin fond de l’Alabama. L’ancien shérif a simplement troqué le flingue contre la bêche, pour offrir une nourriture fraîche et durable aux seins. Au-delà de cela, on reste exactement dans les mêmes dynamiques que dans la saison précédente, les scénaristes ne parvenant pas vraiment à renouveler les thématiques abordées.
Dans sa seconde partie, cette nouvelle saison propose néanmoins quelques vrais moments forts, qui remuent profondément le spectateur. Non par le taux d’hémoglobine (on s’est habitué à force) mais par les enjeux moraux qui sont mis en oeuvre. « Je n’ai pas peur de tuer. J’ai juste peur… » pourrait être le slogan du tournant pris par la série d’AMC. Ne pas avoir peut de tuer des zombies bien sûr, mais aussi des êtres humains. Plus on avance dans « The Walking Dead », plus l’humanité apparaît comme une notion en décomposition.
Au nom de la survie individuelle, tout est désormais permis. Même le pire. L’épisode 14, « The Grove », a d’ailleurs choqué nombre de spectateurs américains lors de sa diffusion. Ce qu’il donne à voir est effectivement proprement scandaleux. De façon très complaisante, avec la volonté évidente de faire un coup, les scénaristes vont très loin dans la déchéance morale. A l’image d’une saison qui défend, in fine, l’idée qu’il vaut mieux prendre les armes que de cultiver la terre mais aussi qu’il faut apprendre aux enfants à tuer… Face à l’horreur, la morale a-t-elle encore droit de cité? La série prend clairement position: c’est non. D’Europe, on peut sans doute voir ça de loin. C’est sans doute un peu différent aux Etats-Unis. Dans un pays où les armes sont en vente quasi libre, où on apprend à tirer aux enfants et où se multiplient les stages de survie, la réalité est un peu moins éloignée de la fiction…

Malgré son côté profondément amoral, d’autant plus dérangeant que la série joue sans cesse sur l’ambiguïté, « The Walking Dead » parvient toujours à tenir en haleine. A cause, justement, de ces questions éthiques auxquelles elle nous force à réfléchir. Cette saison 4 a en tout cas passionné les Américains: ils étaient 14,3 millions de téléspectateurs en moyenne devant AMC chaque semaine. Lesquels n’ont plus que quelques mois à patienter avant de découvrir, en octobre prochain, comment Rick et les siens se sortiront du mauvais pas dans lequel ils sont tombés dans le dernier épisode, qui finit évidemment par un vrai cliffhanger…