La chronique de la rédaction

Un commentaire de Dorian de Meeûs.


Jeune ado et déjà fasciné par la politique, Nicolas Dupont-Aignan s’engage dans l’arène dès l'âge de 13 ans. Colleur d’affiches pour le baron du gaullisme social Chaban-Delmas, avant d’adhérer au RPR, il devient – dans la bataille contre le Traité de Maastricht - un complice du souverainiste Philippe Seguin avant d’intégrer les cabinets ministériels du centriste François Bayrou et du très européen Michel Barnier. Retour à l’UMP en 2000 pour une durée de sept ans. L’homme, qui se présente sans cesse comme "gaulliste" - sans jamais l’avoir démontré - lance son propre mouvement. ‘Debout la France' sera surtout le parti d'un seul homme qui en a marre d'être sous-estimé, selon lui, à l'UMP.

En tant qu’ancien chef de cabinet de François Bayrou, Dupont-Aignan a plutôt été à bonne école pour trahir son camp et le faire perdre. Depuis des mois, le candidat de 'Debout la France' critique de manière assassine son adversaire François Fillon, empêtré dans les affaires. Comment peut-on se présenter comme irréprochable et intègre si c’est pour ensuite adouber "en quelques minutes seulement, comme une évidence" le projet de Marine Le Pen et du Front national ? La première refuse de se rendre devant les juges en vue d’être mise en examen, l’autre cumule les affaires en tout genre. Bref, l’intégrité est devenue une notion particulièrement subjective dans cette campagne 2017…

Trahison au gaullisme

Pour les partisans de Nicolas Dupont-Aignan, ce mariage express avec le FN passe mal. Et pour cause, il n’y a pas que le Général qui doit se retourner dans sa tombe face à une telle tromperie. Si on ne peut condamner les hommes et les femmes qui croient sincèrement que Marine Le Pen est susceptible de changer le cours des choses face à leurs désespoirs ou craintes, il en est autrement pour les élites qui faussent leurs intentions pour doper l’extrême droite dans la dernière ligne droite. On assiste à un spectaculaire rebondissement idéologique, car Dupont-Aignan disait lui-même il y a quelques mois encore que "Le Front national n’apporterait pas les bonnes solutions qui permettraient de sauver la France. Son programme n’est pas sérieux et beaucoup trop démagogique". Mieux, en 2010, il affirmait que le FN était "une ligne jaune" qu’il n'accepterait "jamais de dépasser". On comprend dès lors l’étonnement, la honte et la colère de ses fidèles électeurs. Même ses maigres soutiens politiques quittent le navire.

Si en politique le pire est celui qui cache ses intentions réelles, les dernières déclarations de Dupont-Aignan vantant son accord de gouvernement avec Le Pen font froid dans le dos. D’autant que le texte officiel dénonce un "système néfaste" dont ils ont tous les deux allègrement profité ces dernières décennies.

En 2017, on comprend mieux le général de Gaulle qui refusait humblement ou prudemment l’usage du terme "gaullisme" tant son état d’esprit a été profané par des hommes qui ne défendent que des intérêts propres et non l’intérêt supérieur de la France.