La chronique de la rédaction

Une chronique de François Brabant.

C’était à Liège - la ville, en Belgique, d’où partent les révolutions. C’était le 1er mai - le jour où les socialistes belges célèbrent la révolution qu’ils ne firent pas. C’était en 2014. Fanfares, fanions, majorettes, muguet et tutti quanti. Liège, on vous dit. Sous le toit sphérique du kiosque d’Avroy, à deux pas de la statue de Charlemagne, l’avant-dernier orateur s’appelait Jean-Pascal Labille.

Amplifiée par une sono crachoteuse, la voix de ce dandy aux lunettes rouges avait des raisons d’être amère. Ministre fédéral des Entreprises publiques pour quelques semaines encore, Labille était déjà échec et mat. Cinq hommes qu’on ne présente plus, coalisés pour régenter le PS liégeois, en avaient fait leur proie.

De tout cela, Jean-Pascal Labille ne souffle mot. "Comme chaque année, tels les membres d’une seule et même famille, nous, socialistes, nous nous réunissons." Le 1er mai est une fête, et il serait malvenu pour le ministre de la gâcher en évoquant les ravages d’une bataille qui vient de s’achever à son détriment. A peine glisse-t-il une allusion subreptice aux conflits fratricides de sa fédération. "Oh bien sûr, comme le dit la chanson, nous eûmes des orages…"

Son réquisitoire, Jean-Pascal Labille ne le destine pas aux gros bras du PS liégeois, mais à un ennemi autrement plus puissant, "l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes". L’anaphore lancée ce matin-là au parc d’Avroy n’est pas neuve. Elle a été prononcée sous d’autres cieux, en d’autres temps. C’était à Epinay, en 1977. L’orateur s’appelait alors François Mitterrand.