La chronique de la rédaction

Un souvenir de Jean-Claude Matgen, journaliste de La Libre, à l'occasion des 25 ans du décès du roi Baudouin, ce 31 juillet.

Ce jour marquait pour ma petite famille le départ bien mérité pour nos vacances d’été en France. Nous avions mis le réveil sur 6 heures. Vers deux heures du matin, le téléphone de la maison se met à sonner.

Au bout du fil, mon collègue et grand ami Gérald Papy. Il m’annonce la mort du roi Baudouin. Je le rabroue sèchement : “Mon vieux, tes blagues idiotes, tu peux les garder pour toi. Je me lève à six heures, je dois me taper 800 kilomètres de route et toi, tu viens m’empoisonner ma nuit !” Gérald Papy garde son calme : “Je te dis que le roi Baudouin est mort. Nous réalisons une édition spéciale. On t’attend.” Je change de ton et l’assure de mon arrivée rapide.

Je n’ai jamais été un royaliste fervent mais c’est une triste et grave nouvelle. Je fonce au journal. On me donne ma feuille de route : un article sur les règles de succession. Il est quatre heures du matin. Je décroche mon téléphone et appelle le professeur Delpérée : “Monsieur le professeur, je suis désolé de vous réveiller à cette heure indue mais…” Je le mets au courant. Il me demande cinq minutes. Cinq minutes plus tard, la “machine” est en route. Je reçois, en pleine nuit, un cours de droit constitutionnel d’un quart d’heure. J’écris très vite mon article, donne quelques coups de main et reçois l’ordre d’aider… Gérald Papy à boucler la mise en page de l’édition spéciale !

Il faut en finir pour 8 heures. À 7h45, il reste plusieurs pages ouvertes. Un responsable du journal entre à l’atelier et commence à tourner autour de nous, impatient que nous en terminions. Cela m’irrite passablement mais je prends sur moi. Gérald, pourtant d’un naturel cent fois plus calme que le mien, est le premier à exploser. Il lui fait comprendre que ce n’est pas en jouant les mouches du coche que nous respecterons la dead-line.

Le responsable en question s’éclipse. Il sera le premier à féliciter l’équipe d’avoir, en quatre ou cinq heures, nuitamment, produit une édition spéciale qui s’arrachera au sortir des églises, des stades et des boulangeries.

L’événement était historique et triste mais il reste un grand moment de journalisme qui se prolongea plus d’une semaine durant.