La chronique de la rédaction

On aura lu que plusieurs quotidiens néerlandophones ont indiqué, samedi, que l’avocat de Salah Abdeslam, Me Sven Mary, avait, au lendemain de sa plaidoirie dans le procès du terroriste présumé, impliqué dans une fusillade, rue du Dries, à Forest, en mars 2016, fait l’objet de menaces exprimées sur les réseaux sociaux et via des courriels haineux.

Ses enfants ont également été menacés, rapportaient les médias flamands. Il y a des années, désormais, que Sven Mary est la cible de mails agressifs et il a appris à composer avec cette situation. Il estimait toutefois ce week-end que “certains sont maintenant passés à la vitesse supérieure”. “Quand je lis des phrases comme ‘Vos enfants devraient eux-mêmes exploser’, ça m’insupporte. J’ai écrit à ces personnes […] de venir tenir leur discours ‘surexcité’ en face à face. […]. Je leur répondrai à ma manière. Aucun de ces pauvres gars n’a encore répliqué”, a souligné l’avocat.

L’incident illustre la difficulté pour toute une série d’acteurs de la vie citoyenne de mener à bien leurs missions, pourtant essentielles pour la sauvegarde d’une démocratie. Combien de politiques, combien de journalistes, combien d’avocats ou de magistrats ne sont-ils pas, à longueur de semaines, vilipendés par certains internautes décervelés parce qu’ils ont pris telle ou telle décision, écrit tel ou tel article, plaidé telle ou telle cause, rendu tel ou tel jugement.

La plupart du temps, ceux qui les attaquent, les injurient, les menacent, les accablent ne connaissent rien au sujet qu’ils entendent traiter mais cela ne les arrête pas. Les propos qu’ils tiennent ont beau être le plus souvent complètement délirants, il en reste toujours quelque chose et ils suffisent à alimenter d’autres discours emplis des mêmes contre-vérités, des mêmes exagérations, des mêmes mensonge.s

Il est devenu très difficile de faire barrage à cette logorrhée imbécile qui ne répond à aucune logique mais qui balaye tout.

On peut estimer que le style de Me Mary est provocateur ou arrogant. Le fait qu’il cherche systématiquement la faille dans la procédure peut irriter. Qu’il soit surnommé “l’avocat des crapules” montre qu’il n’a peur d’endosser aucune cause et cela l’expose à des inimitiés ou des incompréhensions de la part de certains.

Il ne faut pas s’étonner que ses manières de faire l’exposent à la critique et celle-ci est parfois pertinente. Mais rien ne justifie le déferlement d’agressivité et de violence verbale dont il est l’objet.

Quand des prévenus ou des accusés comme Salah Abdeslam ou Marc Dutroux n’auront plus de défenseurs ou quand on déniera à ceux qui acceptent d’être à leurs côtés la liberté de choisir l’angle de leur plaidoirie, la démocratie aura perdu une bataille et ce seront, précisément, les assassins d’enfants, les djihadistes fous et autres criminels de la pire espèce qui auront triomphé.