La chronique de la rédaction


Un commentaire de Dorian de Meeûs.

Il est jeune, il est intelligent, il est dynamique, il est stratège, il a beaucoup de chance, il fait de belles couvertures de magazines… Mais il est avant tout arrogant !

La pire des arrogances, c’est de festoyer – aux yeux de tous – une présence dans un second tour qui résonne comme un échec terrible pour la France et pour le camp des sociaux-démocrates qu’il veut incarner. Sans doute trop peu expérimenté, Emmanuel Macron est aveuglé par sa victoire, comme un étudiant peut l’être en fêtant la fin de ses études. Dans les deux cas, le plus gros reste à faire…

Le Général de Gaulle voulait une élection à deux tours pour permettre au président élu de pouvoir revendiquer le soutien d’une majorité d’électeurs. Une légitimité essentielle à ses yeux. Emmanuel Macron, probable futur président, ne pourra pas affirmer cela, car la majorité qu’il devrait logiquement décrocher sera – comme Chirac en 2002 – une majorité de façade. Dès le soir du second tour, les mêmes républicains qui auront voté pour lui rivaliseront de critiques assassines pour l’empêcher de remporter les législatives à venir. Présider c’est bien, gouverner c’est mieux. Si Chirac n’a strictement rien fait de cette victoire historique, Macron ne pourra pas se permettre d’ignorer l’envol des extrêmes.

Après un discours de victoire d’une rare platitude pour un ténor français, quelques démonstrations grotesques aux cris de "Brigitte ! Brigitte !" et une fin de soirée cruelle pour son image, le candidat d’En Marche! doit impérativement se réveiller.

Pendant ce temps...

Depuis 48 heures, Marine Le Pen sillonne les marchés, les villages et les studios télé pour donner le tempo de ce second tour. Et le danger, objectivement, c’est qu’elle excelle dans un tel exercice. La candidate europhobe parvient à enchaîner les contrevérités, à enfoncer les clichés et à multiplier les raccourcis trompeurs avec une assurance qui laisse pantois plus d’un observateur. C’est un feu d’artifices permanent. Exemples : les étrangers ne sont pas prioritaires pour décrocher un logement dans un HLM, les droits de protections agricoles imposés par la Suisse sont 10 fois moins importants que ce qu’elle prétend, son programme n’aurait aucunement empêché les attentats de Paris... Puis, si sa proposition d’expulser les fichés S est sans doute porteuse électoralement, elle témoigne surtout de son ignorance (dangereuse) en matière de Renseignements.

Avec trop d’assurance d’un côté et une mauvaise foi inouïe de l’autre, le débat du second tour s’annonce folklorique. Incontrôlable ?

Même François Hollande a été contraint de sortir de sa réserve pour rappeler à l’ordre son ancien conseiller économique.

Une victoire de Le Pen, alimentée par une abstention exceptionnelle, représenterait un choc sans précédent pour la France et l’Europe. L’excès de confiance a tué la candidate Clinton (favorite), il pourrait bien faire exploser en plein vol un candidat que personne ne voit perdre…