La chronique de la rédaction


Un commentaire de Dorian de Meeûs


Avec Sarkozy comme président, son collaborateur Fillon ne tiendra pas deux ans à Matignon.

Face au duel Juppé-Sarkozy, le troisième homme se contentera des miettes laissées par la primaire de la droite et du centre.

Pris dans la tempête judiciaire, le futur mis en examen sera contraint à la démission.

Lâché par (presque) tous les ténors des Républicains, le candidat Fillon va céder. Immanquablement.

Tant de prévisions, tant d’erreurs.


Quelques mois après les votes surprises en faveur du Brexit et de Donald Trump, on ne peut sans doute plus jurer de rien. Il faut se méfier de jugements trop hâtifs. Et François Fillon, au fond, qu’a-t-il à perdre aujourd'hui? Les tempêtes, même les plus violentes, laissent place aux éclaircies. Les arbres les mieux enracinés en témoignent.

Ses adversaires et les observateurs politiques ont pris l'habitude de sous-estimer l’homme. Ils ignorent trop souvent son tempérament, ses convictions profondes, sa capacité de se défendre, notamment à la télévision, son programme de réformes qu’il a élaboré ces dernières années. Lui croit plus que jamais que les Français se prononceront pour la voie qu’il propose. D’ici au 23 avril, son manque (présumé) d’éthique pourra être camouflé par les débats sur les programmes en lice. Ceux-ci sont clairement fort différents les uns des autres. Avec l’éventail Fillon-Macron-Hamon-Le Pen, on est loin de Balladur-Chirac-Jospin…

En réalité, François Fillon peut encore s’imposer là où personne n’ose même l’imaginer. Quand on annonce le retrait imminent de ‘l’éternel sous-estimé’, la bête blessée se révèle au contraire d’une force insoupçonnée, à la stratégie efficace. Sa capacité à faire face à la pire des tempêtes redonne même de la fierté à ses partisans qui, jusque-là, devaient essuyer les insultes sur les marchés.

Comme on le voit déjà dans ses derniers déplacements, il est en train de récupérer des soutiens qui s’empressaient de l’abandonner pour un autre candidat. Et pour cause, la droite française attend impatiemment et activement son retour en grâce. Les dérapages de ces derniers jours (attaques contre la Justice, la pseudo-annonce du suicide de Penelope et la surestimation du nombre de supporters au Trocadéro) sont de vrais dérapages qui auraient pu - dû? - irrévocablement discréditer sa candidature. Mais François Fillon, comme Alain Juppé, est conscient que l’attente de la base est réelle. Les libéraux et conservateurs décomptent les jours depuis l’arrivée à l’Elysée de François Hollande et préparent leur revanche. Il est naïf de croire que cette conviction va retomber comme un soufflé.

Fillon lance donc un pari, risqué mais possible. Il lui reste moins de 50 jours pour inverser la tendance. S’il manque la marche vers le second tour, il sera (à nouveau) fusillé par ses pairs sur la place publique. S’il gagne, il deviendra le symbole du retour de la droite au pouvoir.