La chronique de la rédaction

Frapper fort, pour frapper les esprits. Les déboires du libéral Armand De Decker ? "Le dossier le plus grave qu’a connu la Belgique depuis l’affaire Dutroux", a dramatisé le député écologiste Georges Gilkinet sur sa page Facebook, le 20 novembre. Deux jours plus tard, sans doute mis en garde contre les dangers d’un parallèle scabreux, le même Gilkinet a préféré évoquer "un scandale d’Etat, le plus grave depuis l’affaire Agusta". Qu’importe la métaphore, le mot qui prime, c’est "grave".

Armand De Decker n’est pas inculpé, mais le malaise, lui, est avéré. Ce qui demeure en revanche obscur, c’est l’impact qu’aura celui-ci sur la trajectoire du pays. L’argent fou d’un avocat zélé des élites, la colère floue d’un peuple floué : la collision entraînera-t-elle un grand déraillement politique en 2019 ?

Par nature, les convulsions électorales sont aléatoires. Que l’on se souvienne de la sidération ressentie le 24 novembre 1991. La percée de l’extrême droite enregistrée ce jour-là - près de 500 000 voix en Flandre - allait entrer dans la postérité sous le nom de "dimanche noir".

Un quart de siècle plus tard, la question demeure. Le triomphe du Vlaams Blok était-il alors le fruit logique d’une évolution inexorable de la société flamande ? Ou s’agissait-il d’une ruée imprévisible, un coup de sang de l’électeur qui aurait fort bien pu ne jamais avoir lieu ? L’alternative peut être résumée comme suit : soit la lame de fond venue de loin, soit l’étincelle qui pulvérise tout, parce qu’elle jaillit au mauvais moment.