La chronique de la rédaction

La disparition, historique, de Fidel Castro, au terme d’une interminable emprise, et la mort, incontestablement tragique, de Jacky Morael, après une carrière si brève, rappellent que la politique est un jeu cruel. Où le vainqueur n’est ni le plus beau ni le plus intelligent, mais simplement celui qui survit.

Survivre, au sens littéral. D’après le quotidien "Le Monde", Fidel Castro aura réchappé à 638 tentatives d’assassinat de la part de la CIA. "Le cheval", son surnom, avait le cuir épais comme un rhinocéros, et la baraka d’un loup de Wall Street. Mais ce que disent aussi ces 638 esquives, c’est que les guerres de pouvoir n’opposent pas seulement des idées et des gouvernements, mais aussi des corps.

Testostérone

La dimension athlétique, charnelle, de la lutte politique apparaît de façon éclatante dans le documentaire "Cuba, une odyssée africaine". Réalisé par la cinéaste franco-égyptienne Jihan El-Tahri, celui-ci ausculte quarante ans d’influence castriste sur le continent noir. Les négociations du Caire, en 1988, en constituent l’un des points d’orgue. L’enjeu est de parvenir à un cessez-le-feu en Angola et de régler le sort de la Namibie. Autour de la table, quatre nations sont représentées : les Etats-Unis, l’Afrique du Sud (encore sous apartheid), l’Angola et Cuba. Jorge Risquet, le chef de la délégation cubaine, fume cigare sur cigare. Au point de rendre l’air irrespirable pour les non-fumeurs, rapporte un des participants. "C’était une réunion où la haine était palpable", témoigne Pik Botha, ex-ministre des Affaires étrangères sud-africain. "On aurait dit un concours de virilité. L’air était chargé de testostérone", se souvient Chester Crocker, ancien sous-secrétaire d’Etat américain.

Une vie politique brisée

Un cas paroxystique, sans doute, mais dont la trame forme l’un des invariants de toute tractation politique. A l’été 2010, face à un Bart De Wever encore joufflu, avaleur de gaufres plus que de raison, Elio Di Rupo s’imposait des séances de fitness quotidiennes, en marge des négociations fédérales. "Je vais l’épuiser", avait alors confié le président du PS à un ami.