La chronique de la rédaction

Un commentaire de Bosco d'Otreppe.

Dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, devant la sobre tombe du pape Paul VI, la posture du pape François qui prie seul, debout et en silence a presque quelque chose de mystérieux.

Ce n’est pourtant pas la première fois que François s’arrête sur la sépulture de son prédécesseur. Si, ce 6 août, il s’y est rendu pour commémorer le 39ème anniversaire de sa mort, il y prie de temps à autres depuis le début de son pontificat.

Deux papes dans les tempêtes

Que ce soit dans ses encycliques, lettres ou homélies, le pape argentin cite abondamment ses prédécesseurs. Mais on peut imaginer une proximité particulière entre François et Paul VI.

Pape chahuté et critiqué jusqu’au sein de sa propre église, François doit se souvenir des tempêtes essuyées par le pontife italien. Celles-ci venaient tant des rangs dits conservateurs, déçus par les conclusions du Concile Vatican II, que des rangs réputés progressistes, qui l’ont vertement critiqué pour son encyclique Humanae Vitae. Ce texte, publié en 1968 et consacré au mariage et à la régulation des naissances, détournait l’Église des méthodes contraceptives.

Mais les liens entre les deux papes sont encore plus profonds, comme en témoigne le livre de Paul de Charentay intitulé « Paul VI, inspirateur du pape François » (Editions Salvator, 2015).

Au-delà du fait que Paul VI dépouilla de manière drastique l’exercice du pouvoir papal (exit la tiare et une partie de la noblesse vaticane par exemple), retenons un trait essentiel qui rassemble les deux papes : le dialogue. Au sein de l’Église, Paul VI a en effet institué le « synode des évêques » que François entend remettre à l’honneur et qui permet un exercice du pouvoir plus collégial au Vatican. Vis à vis du monde, le pape italien avait théorisé la nécessité du dialogue à travers son encyclique Ecclesiam Suam. Cette préoccupation est au coeur du pontificat de François qui a été élu pour la concrétiser.

Rien n’est innocent au Vatican. Et la photo du pape priant devant la tombe de Paul VI au milieu de l’été, vient délicatement rappeler qui est le pape François : un pape qui se veut fidèle à la tradition laissée par ses prédécesseurs, mais qui souhaite tout autant faire évoluer certains rouages et habitudes de son Église, à l’exemple de Paul VI qu’il a d’ailleurs béatifié.

Au Vatican, les tempêtes ont souvent été violentes. Paul VI les a traversées, et François, qui s’apprête à vivre des prochains mois décisifs sur le terrain des réformes, souhaite sans doute discrètement le rappeler.