Diplomatie pour les nuls

Rien n’est, par définition, étranger au ministre belge des Affaires étrangères. Didier Reynders était donc cette semaine en Tunisie pour vérifier personnellement que les plages de Bizerte, Monastir ou Hammamet pouvaient de nouveau accueillir des vacanciers belges en toute sécurité. Encouragés par les résultats de la tournée d’inspection, Thomas Cook et TUI n’ont pas tardé à annoncer qu’ils remettaient ces destinations à leur catalogue.

La Tunisie a fait un effort important pour assurer sa sécurité, plus particulièrement dans les aéroports, les ports et les hôtels”, a déclaré M. Reynders à l’agence Belga. L’information est réconfortante : nul n’a oublié les terribles attentats au musée du Bardo (22 morts), en mars 2015, et dans la station balnéaire de Port El-Kantaoui près de Sousse (39 morts), trois mois plus tard.

Appartient-il, toutefois, au chef de la diplomatie belge de relancer le tourisme… en Tunisie ? On s’attendrait plus logiquement à voir le ministre persuader les pays étrangers de nous envoyer des touristes (fortunés de préférence – kazakhs, par exemple). Et les voyagistes belges se rendre, eux, en Tunisie, pour s’assurer que leurs clients pourront raisonnablement y couler des jours paisibles. A chacun son métier.

On sait, il est vrai, que Didier Reynders excelle dans l’exercice du “soft power”, cet art qui consiste à convaincre plutôt qu’à contraindre, en employant les subtils artifices de la séduction. C’est ainsi que le ministre a pris soin de distribuer, ces deux dernières années, des décorations à des restaurateurs étrangers qui sont, à Bruxelles, les ambassadeurs de leur cuisine, mais aussi de leur culture (le bureau où travaille Didier Reynders est désormais appelé, en toute logique, cabinet des médailles). Et que, pour promouvoir la candidature de la Belgique au Conseil de sécurité des Nations unies, il n’a pas hésité à faire, en décembre, le long et éprouvant voyage jusqu’aux îles Fidji pour cajoler les autorités locales et cadenasser leur vote crucial.

Il n’empêche qu’ainsi élargi, le champ d’action de Didier Reynders rend peut-être nécessaire qu’on adapte l’intitulé officiel du département dont il a la charge, et qu’on salue l’avènement d’un grand ministère des Affaires étrangères, du Commerce extérieur, de la Coopération au développement, du Tourisme, de la Gastronomie exotique et du Rayonnement culturel.