Edito

Albert Frère, président d'honneur du Groupe Bruxelles Lambert (GBL), est décédé lundi à l'âge de 92 ans, a annoncé le Groupe dans un communiqué. "Pendant plus de trois décennies, sous son impulsion, GBL est devenue une des plus grandes holdings d'Europe. Ses qualités professionnelles et humaines ont profondément marqué notre groupe", a commenté GBL.

Les funérailles d'Albert Frère se dérouleront "dans la plus stricte intimité familiale, selon les souhaits du défunt".

Mystère et discrétion

Mais qui était au juste Albert Frère ? Le magnat carolo s’en est allé mais conservera pour toujours sa part de mystère. Car au-delà de quelques évidences – son sens des affaires, son flair pour les meilleurs coups boursiers, son goût pour la chasse, le bon vin ou pour les choses de l’art –, Albert Frère est demeuré jusqu’au bout, pour de nombreux observateurs, une véritable énigme. Et certainement une personnalité beaucoup plus complexe que ces quelques lieux communs qui l’accompagnaient parfois.

Il faut dire qu’il aura, tout au long de sa carrière, cultivé un goût prononcé pour la discrétion, ce qui l’a amené à limiter, calculer et maîtriser ses rares sorties médiatiques, dont l’intérêt tenait souvent moins à ce qu’il pouvait dire qu’au fait de le voir sortir de sa réserve. Et au final, que laisse Albert Frère derrière lui ? D’abord et avant tout un empire financier en bonne santé. Ses détracteurs lui ont certes reproché d’avoir, au travers de logiques purement financières, délocalisé, “filialisé” et, en fin de compte, vendu nos fleurons industriels et financiers, en cédant au plus offrant, et sans états d’âme, les PetroFina, BBL, Royale Belge ou autres Tractebel. Marquant le départ, en dehors de nos frontières, d’autant de centres de décision en contrepartie d’une position de gros actionnaire de groupes devenus leaders sur leurs marchés.

Avait-il d’autres choix, d’autres options pour préserver davantage les intérêts stratégiques de pans entiers de notre économie ? Le voulait-il seulement ? Le débat a évidemment quelque chose de virtuel aujourd’hui, après son départ : la mondialisation des affaires, la course à la taille critique, à coups d’OPA, amicales ou pas, sont passées par là depuis très longtemps…

Personne n’est prophète en son pays. Si sa réussite et son influence ont souvent fait l’objet de commentaires admiratifs à Paris, sa soif de pouvoir a souvent été critiquée chez nous. Jalousée sans doute aussi.

Car une chose est certaine : Albert Frère n’a évidemment pas été un entrepreneur-bâtisseur, à la manière d’un Steve Jobs, d’un Bill Gates ou, plus près de nous, d’un Bernard Arnault, son ami de longue date. Des capitaines d’industrie attachés au destin de leurs entreprises comme si leur vie en dépendait.

Mais le magnat carolo a clairement été un visionnaire d’un monde des affaires globalisé, voire un opportuniste de génie…

Au moment de saluer l’homme, il faut lui rendre ce qui lui appartient…