Edito

Un édito de Gilles Toussaint. 

S’il ne s’agissait de vies humaines, on parlerait d’une péripétie. Mais le refus de Malte de laisser accoster sur ses côtes un bateau qui avait recueilli une centaine de migrants venus de Libye est tout sauf anecdotique.

Parce que ce n’est pas une première, d’abord. Parce que cela se passe en Europe, ensuite. Terre d’Union, pensait-on. Terre d’asile, croyait-on, si souvent prompte à donner à ses partenaires des leçons en matière de respect des droits de l’homme.

Ces exilés, parmi lesquels figurent bon nombre de femmes et d’enfants, ne sont pas des sous-hommes. Ils jouissent, faut-il le rappeler, des mêmes droits fondamentaux que chacun d’entre nous.

Leur choix de s’arracher à leur pays natal est dicté, dans l’immense majorité des cas, par l’espoir de fuir la misère et/ou les persécutions. Un migrant, fût-il en situation irrégulière, n’est pas a priori un criminel.

Comme ailleurs dans le monde, la politique européenne en matière d’asile et d’immigration s’est pourtant essentiellement construite autour d’un axe sécuritaire et répressif.

Le cas de figure maltais illustre aussi le manque de solidarité entre Etats membres dans la gestion des demandes d’asile. Il est l’occasion de rappeler enfin que bon nombre de secteurs économiques européens - dans la construction, l’horticulture… - profitent sans vergogne de cette main-d’œuvre à bon marché. La demande crée l’offre…

L’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? D’accord. Mais qu’elle ait le courage de traiter cette problématique avec dignité et équité. De la gérer sans angélisme, mais également sans cynisme.