Edito

Désespérant. Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier l’état du système carcéral dépeint dans le rapport 2013 de la section belge de l’Observatoire international des prisons (OIP). Parce que rien n’a changé en 5 ans. Ou plutôt si : la situation s’est encore aggravée. À l’époque, l’OIP dénonçait déjà la surpopulation galopante, des conditions de détention déplorables, le non-respect des normes d’hygiène et de santé élémentaires, la violence derrière les barreaux, les suicides, le traitement scandaleux des internés… On en passe. Désespérant, parce que c’est encore pire aujourd’hui. Les prisons sont encore plus surpeuplées, plus violentes, plus inhumaines…

Mais il y a plus désespérant encore que ce constat : la réponse strictement sécuritaire apportée par le gouvernement fédéral - la ministre Open VLD de la Justice en particulier. On peut - hélas ! - déjà faire le pari que les nouvelles prisons en construction seront pleines avant même d’être ouvertes.

Parce qu’il n’y a pas de volonté de prendre le problème dans sa globalité et de contrer les causes profondes de la surpopulation carcérale : le recours exorbitant à la détention préventive; l’allongement des peines; la restriction de la libération conditionnelle… A l’inverse, on serrera encore la vis. Autant de mesures (électoralement rentables ?) qui rassurent à bon compte mais qui ne contribuent en rien à la sécurité des citoyens. Rien - ou si peu - n’est fait pour donner un sens à l’enfermement. Comment prendre conscience de la gravité de ses crimes, réfléchir à la douleur des victimes et chercher à s’amender quand on vit 23 heures sur 24 à trois dans 9 mètres carrés, condamné à respirer l’odeur d’aisselle de ses codétenus ? Poursuivre dans cette voie, c’est foncer droit dans le mur.