Edito

Un édito de Vincent Braun.

Embrasement, flamblée, incendie, explosion... La presse abonde de vocables inflammables pour relater les tensions et les violences qui animent certains Palestiniens et Israéliens, musulmans et juifs, de manière récurrente, autour de ce que les premiers nomment l'esplanade des Mosquées et les seconds le mont du Temple. Niché au coeur de la vieille ville de Jérusalem, en zone palestinienne, le lieu concentre une telle symbolique religieuse, pour les uns comme pour les autres, qu'il est devenu au fil du temps une zone éruptive. Point de volcan ici mais un site remarquable incluant la mosquée Al Aqsa, troisième lieu saint de l'islam et le mur des Lamentations (vestiges prétendu du dernier temple), premier sanctuaire du judaïsme. Un double statut qui fait de ce lieu l'épicentre du conflit israélo-palestinien.

La "crise des portiques" qui s'est développée suite au meurtre de deux policiers israéliens le 14 juillet le prouve encore: tout ce qui -même de loin- attente au consensus politique sur le site ou menace le statu quo religieux qui régit son usage par les croyants dans deux confessions, se traduit immédiatement par une escalade de tensions populaires, plus ou instrumentalisées. Aussi bien autour de l'esplanade, où les Palestiniens viennent ériger un rempart humain, que dans le reste de la Cisjordanie, où des actes de vengeance sont perpétrés (trois colons ont été tué il y a quelques jours).

En installant des portiques détecteurs de métaux aux accès à l'esplanade sans concertation avec l'autorité jordanienne, gardienne des lieux saints musulmans, Israël a montré qu'il n'avait d'autre souci que la seule problématique sécuritaire. Israël contrôle les accès à l'esplanade, où seuls les musulmans peuvent prier, les fidèles juifs se contentant du mur en contrebas. Israël a surtout rappelé à tous, et au premier chef à l'opinion palestinienne, qu'il reste le maître des lieux -n'a-t-il pas bouclé l'esplanade pendant 48 heures à la mi-juillet? Le gouvernement israélien se comporte ici comme il se comporte ailleurs en Cisjordanie, en puissance occupante contrôlant (depuis 50 ans) les accès et des pans entiers de ces territoires palestiniens, dont Jérusalem-est.

Néanmoins, le retrait des portiques, ce mardi, prouve aussi que les pressions et arrangements diplomatiques (entre autres avec la Jordanie) et la mobilisation populaire peuvent contrecarrer les desseins israéliens. Un enseignement à ne pas sous-estimer dans la perspective d'une reprise -toute hypothétique- des négocations de paix.