Edito

Triste fin d’année. L’Allemagne est touchée en plein cœur. L’émotion y est immense. Même si les mots et les formules sont un peu vains et dénaturés, notre première pensée va aux victimes, à leur famille, à la ville meurtrie à qui nous disons : "Ich bin ein Berliner."

L’attentat traumatise la société allemande à plusieurs titres. D’abord parce qu’il touche une Allemagne forte qui se croyait préservée de la violence terroriste de grande ampleur. Des attaques avaient déjà eu lieu. Mais il s’agissait de faits isolés. Le pays est devenu une cible comme les autres. A-t-il été visé par un combattant isolé d’un groupe à la dérive ? Peut-être. Mais ce n’est pas cette analyse qui adoucira le chagrin, la colère des Allemands.

Ensuite parce que l’assaut a eu lieu dans un endroit hautement symbolique. Il s’agit d’un marché de Noël comme il en existe des milliers partout en Allemagne. La tradition, solidement implantée dans le pays, est présente dans le cœur de tous les Allemands. De plus, le camion a mené sa course mortelle au pied de l’église du Souvenir au clocher brisé : elle est l’illustration de la souffrance du pays pendant la Seconde Guerre mondiale.  

Enfin parce que cette attaque fragilise la chancelière allemande, Angela Merkel qui était, aux yeux de nombreux citoyens, la grande protectrice du pays. Son statut avait déjà été écorné par les événements qui s’étaient déroulés la nuit de la Saint Sylvestre à Cologne. Des centaines d’Allemandes y avaient été victimes d’agressions sexuelles. L’attaque au camion à Berlin fait vaciller un peu plus une Angela Merkel qui est pourtant une des seules figures politiques en qui il est bon et rassurant de croire aujourd’hui. Malgré l’aura dont elle bénéficie, Angela Merkel doit faire face, depuis un certain temps, à une opinion publique largement opposée à la solidarité qu’elle appelle à l’égard des réfugiés. Dès lors, la chancelière a été contrainte de durcir son discours et de faire de la sécurité le thème central de son dispositif politique. Les morts et les blessés que l’Allemagne pleure aujourd’hui devraient l’inciter à maintenir cette ligne. La raison l’emportera sur sa volonté profonde qui a toujours été de maintenir un accueil généreux des réfugiés. 

Face à ces tourments, à ces drames, à ces menaces, les Allemands, les Européens, vont sans doute se fermer un peu plus, se replier, et rejeter ceux qui frappent à nos portes, à nos frontières. Cela peut évidemment se comprendre même si, comme après les attentats de Paris et Bruxelles, il faut dire et redire que ce repli est précisément ce qu’attendent les terroristes. Il faut donc conserver une double ligne : renforcer les frontières extérieures de l’Europe et garantir la sécurité des citoyens mais aussi maintenir ouverte notre capacité d’accueil à l’égard des réfugiés fuyant les guerres qui dévastent leur pays.