Edito

Depuis plusieurs semaines, l’Iran répète à qui veut l’entendre qu’il a reçu une invitation, verbale, à la future (et très hypothétique) conférence de paix de Genève sur la Syrie. Peu importe la véracité des propos, l’ambition de Téhéran est manifeste : l’Iran est disponible pour discuter d’une solution. Alors, disons-le tout net : l’Iran doit participer à ces négociations de paix. Même si ce pays est une dictature contrôlant la société civile et ne souffrant aucune opposition politique. Même si celui-ci ne coopère pas avec les instances internationales sur son programme dossier nucléaire jugé suspect. Et même si cela doit déboucher sur un échec.

On ne peut ignorer plus longtemps cette puissance régionale de 75 millions d’habitants qui possède, sinon des clés, des leviers utiles pour élaborer et imposer un accord visant à mettre un terme à un conflit qui a tué 100 000 personnes et déplacé cinq millions d’autres. La république des mollahs, des religieux chites, est idéologiquement proche de la république baasiste de Bachar al Assad, régie par les alaouites. L’Iran soutient Damas financièrement et militairement. Or, c’est précisément en raison de cette influence de l’Iran sur la stabilité de la région - un argument invoqué depuis le début de la crise syrienne - qu’aucune intervention militaire ne peut être menée en Syrie, qu’aucune salve diplomatique n’a de portée suffisante. Deux ans de palabres et d’atermoiements démontrent peut-être aussi qu’il n’y a pas de solution sans l’Iran.

Il faut impliquer l’Iran dans la résolution de ce conflit. La mise au ban des Nations de l’Iran, qui vote ce vendredi pour élire un nouveau président, serait une erreur, comme l’Occident a tendance à en accumuler au Moyen-Orient. Elle risquerait de donner lieu à un isolement et une radicalisation croissante du régime. La soi-disant invitation verbale à Genève mériterait bien une confirmation écrite.

Édito de Vincent Braun