Edito

Un média qu’on fait taire, c’est toujours une voix qu’on réduit au silence. Dans le cas de l’ERT, la radio-télévision publique grecque, c’est aussi un service public qu’on raye de la carte, d’un trait, comme s’il n’avait servi à rien. La méthode est brutale, sans pitié pour le personnel, ni respect des auditeurs et téléspectateurs. Pour soigner la rage aux dents, on coupe la tête Athènes promet de relancer un service public durant l’été ou à l’automne, sur des bases économiques plus saines. Et il est vrai que l’ERT était un concentré de tous les excès de l’administration grecque depuis des décennies : nominations politiques, parfois familiales, budgets dépassés, personnel pléthorique. Dans ce pays de onze millions d’habitants, l’ERT diffusait cinq chaînes de télévision et émettait sept stations de radio nationales pour une part de marché de 13 % seulement.

Le mal dont souffrait l’ERT est celui qui a corrompu la société grecque, le clientélisme. Antonis Manitakis, l’homme qui a été désigné par le gouvernement grec pour alléger les services publics, souligne dans une interview au "Herald Tribune" que chaque ministère grec dispose en moyenne de 440 départements ou unités administratives, dont 20 % n’ont pas d’autres employés que le chef du département. Depuis la crise de 2010, Athènes a déjà supprimé 128 000 emplois publics, souvent par des départs à la retraite ou la non-reconduction de contrats temporaires. Le traitement de choc imposé par la "troïka" est impitoyable. Celle-ci demandait à la Grèce un geste attestant de sa capacité à prendre des décisions impopulaires. Athènes lui a "offert" l’ERT.

Un édito de Christophe Lamfalussy