Edito Une semaine de plomb s’achève. Un printemps pourri commence. Les Belges ont les yeux rougis de chagrin. La mine défaite. Le moral dans les talons. Ils pleurent leurs morts. Et leur pays, leurs autorités, certains de leurs services sont montrés du doigt par les médias internationaux : carences, négligences, défaillances. Tout va donc si mal ? Oui. Et non. Épinglons les raisons de pleurer. Et aussi les raisons d’espérer. 

Oui, il y a de quoi pleurer des rivières quand on voit s’accumuler la liste les “dysfonctionnements” dont la Belgique est accablée. Le signalement “radicalisé” d’un des kamikazes de l’aéroport n’aurait pas été pris au sérieux en Belgique ; malgré le non-respect des conditions liées à sa libération conditionnelle, un autre kamikaze, frère du premier, n’aurait pas été remis en prison lors d’une arrestation. L’on évoque aussi ce fait troublant : en décembre 2015, un policier de Malines a eu en sa possession des éléments permettant de dire qu’un homme radicalisé vivait à l’adresse où Salah Abdelsam a finalement été retrouvé. Dernier fait bizarre : Salah, après son arrestation, n’aurait été interrogé que deux fois une heure par les enquêteurs. Et encore, interrogé de manière peu convaincante sur son passé et non sur les éventuels projets d’attentats. 

Que conclure de tout ceci ? Que, peut-être, les attentats de Bruxelles auraient pu être évités. Ce serait évidemment gravissime. D’où cette urgence, cette nécessité : faire toute la lumière. Les familles de victimes, les Belges ont le droit de savoir. Interrogés au Parlement, les trois ministres concernés (Jambon, Geens, Reynders) n’ont pas apporté de réponses très précises aux questions des députés. 

On pourrait adoucir la déprime générale en se disant qu’après les dernières arrestations intervenues vendredi, les membres de la cellule responsable des attentats de Paris et de Bruxelles sont à présent morts ou neutralisés. Satisfaction bien légère quand on sait que d’autres réseaux subsistent sans doute ailleurs.
Donc, tout va mal. Relevons, toutefois une lueur d’espoir. Car c’est souvent quand le drame survient qu’émergent du fond de nos âmes les meilleurs sentiments. Depuis une semaine, on assiste à des élans de sympathie, à des rassemblements spontanés de citoyens venus, simplement, sobrement, se donner la main. Et surtout refuser ce que les terroristes cherchent à établir : la violence, la haine, la peur. S’il fallait, malgré tout, retirer un signe positif de cette semaine de plomb, ce serait celui-là : l’amour, la solidarité seront toujours plus forts. L’histoire nous l’apprend : le terrorisme, s’il déstabilise, n’est jamais vainqueur.