Edito

Jamais, en dix ans de pouvoir, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan n’a été à ce point contesté. Comme un feu de paille, des dizaines de milliers de jeunes Turcs sont descendus ce week-end sur les places d’Istanbul et d’Ankara. Certes, à l’origine, il y a la contestation d’un projet immobilier sur la place Taksim, en plein quartier européen d’Istanbul, et la disparition de quelques arbres dans cette mégapole en constant développement.

Mais le fond du problème est qu’Erdogan et son parti musulman AKP accumulent des décisions arbitraires sans explications ni débats. La violence de la répression policière, qui s’est abattue sur des manifestants à l’origine pacifiques, a fait le reste. Parmi les manifestants, les deux mots d’ordre les plus en vue étaient "liberté" et "indépendance". Il y avait parmi eux des syndicalistes, des étudiants, des communistes, des nationalistes kémalistes - bref, un assemblage hétéroclite de tous ceux qui se sentent mal dans cette société turque qui s’islamise lentement.

Certaines lois, comme l’interdiction de la vente d’alcool la nuit, sont légitimes. Plusieurs pays scandinaves le font déjà. Mais d’autres, comme la loi d’avril 2012 autorisant les jeunes à quitter l’école dès l’âge de 14-15 ans et à poursuivre les études à la maison, sont plus suspectes. Certains laïcs redoutent derrière cette loi la volonté de permettre aux jeunes filles musulmanes de se marier avant l’âge de la majorité.

L’AKP reste le premier parti en Turquie et dispose d’une majorité. Erdogan a été réélu trois fois. Mais les méthodes autoritaires et expéditives de son leader ont peut-être atteint leurs limites.