Edito

Un édito de Vincent Braun.

Au-delà de l’effroi, la répulsion. Les attentats terroristes menés contre les fidèles de deux églises coptes, dimanche en Egypte, ne sont pas seulement des attaques de plus contre cette communauté chrétienne, l’une des plus anciennes au monde, la plus importante du Moyen-Orient. Elles constituent surtout des crimes contre des individus en raison de leur croyance, de leur appartenance religieuse. Les attentats de Tanta et d’Alexandrie sont en cela des manifestations insupportables de l’intolérance sous sa forme la plus extrême, dont les djihadistes fanatiques de l’organisation Etat islamique portent haut l’étendard.

Pourtant, aussi abjects soient-ils, ces événements sont amenés à se reproduire... si des mesures de sécurité appropriées ne sont pas prises. Ces attaques sont les conséquences indirectes de la frustration des islamistes déchus, nourrie par les excès de la répression du pouvoir actuel à leur encontre. Car en démettant le président Mohamed Morsi de ses fonctions et en donnant la chasse à ses "frères" islamistes dès l’été 2013, l’armée d’Abdel Fattah al-Sissi n’a pas mesuré ce qui l’attendait. Le coup d’arrêt brutal donné au projet d’islamisation de la société égyptienne des Frères musulmans et la violente chasse à l’homme dont ils ont fait l’objet ont causé la radicalisation de bon nombre d’entre eux, stimulant des violences interconfessionnelles (au détriment des coptes) déjà entretenues tacitement par le pouvoir islamiste, et facilitant l’implantation en Egypte de cellules du groupe Etat islamique.

L’instauration de l’état d’urgence, ce lundi et pour trois mois, fait d’ailleurs écho à celui remis en œuvre alors, dans le contexte des violences islamistes consécutives au coup d’Etat de l’armée. Gageons que celui instauré lundi rendra plus compliquée la réalisation des noirs desseins djihadistes. Car jusqu’ici, le président al-Sissi n’est parvenu ni à endiguer ces attaques terroristes ni à protéger de manière convaincante l’ensemble des Egyptiens.