Edito

Il a toujours dit qu’il gagnerait et personne ne le prenait vraiment au sérieux - même pas lui probablement - tellement il semblait que "Président Donald Trump" était une contradiction dans les termes. 

Pour toute personne raisonnablement confiante dans le bon sens de ses semblables, il paraissait impensable, en effet, qu’un homme puisse s’élever jusqu’à la fonction politique la plus prestigieuse et la plus exigeante du monde par la seule force de l’ignorance et de la vulgarité. C’est pourtant le choix stupéfiant qu’a fait une majorité d’Américains.

Hillary Clinton, qui avait gagné haut la main les trois débats télévisés de la campagne présidentielle, a perdu le combat qui aurait fait d’elle la première femme à entrer à la Maison-Blanche. Cette nouvelle page d’Histoire, après l’élection, huit ans plus tôt, d’un président noir, l’Amérique n’est donc toujours pas prête à l’écrire, préférant plutôt couronner un candidat raciste et sexiste, qui ne prit jamais la peine d’exposer en détail les politiques qu’il comptait mener, qui ne fit campagne qu’à coups de slogans simplistes et de promesses énormes, qui s’exprima avec un vocabulaire riche seulement en gros mots.

Si Donald Trump succède à Barack Obama, il le doit à des femmes qui ont voté pour lui en dépit du traitement dégradant qu’il s’est flatté de leur réserver. A des chrétiens qui ont voté pour lui en dépit de son plaisir à fouler au pied leurs valeurs les plus chères. A des Républicains qui ont voté pour lui en dépit du fait qu’ils avaient le plus grand mal à le tenir pour un des leurs (les ténors du parti avaient déserté la Convention nationale, publiquement désavoué le candidat, et refusé de faire campagne pour lui…).

L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche plonge le monde dans l’incertitude et l’inquiétude. Le candidat s’est juré de remettre en cause aussi bien les traités commerciaux qui lient les Etats-Unis que les alliances politiques et militaires dont ils sont le pilier. Il s’est flatté d’avoir des solutions simples à des problèmes extraordinairement complexes, qu’il s’agisse de combattre le terrorisme ou de résoudre les contentieux nucléaires avec l’Iran ou la Corée du Nord. Quand on se rappelle ce qu’un George W. Bush, autrement plus qualifié, fit au Moyen-Orient, on tremble.

L’élection de Donald Trump confrontera aussi l’Amérique à d’incroyables difficultés. Seul candidat républicain à n’avoir pas joui du soutien du monde des affaires, le milliardaire au parcours douteux s’est proposé d’introduire des réformes dont les experts craignent qu’elles produisent une nouvelle récession.

Le déroulement de cette élection présidentielle et son invraisemblable dénouement portent enfin un coup très dur à la démocratie, aux Etats-Unis bien sûr, mais aussi en général. S’ajoutant aux succès du populisme enregistrés ces dernières années en Europe, le triomphe d’un homme comme Donald Trump est malheureusement susceptible de convaincre des segments de plus en plus larges de la population, parmi les jeunes en particulier, que, si le mensonge et le culot suffisent pour élire un président des Etats-Unis, ils peuvent tout aussi bien être la clé de leur propre réussite.