Edito

Crime contre l’humanité commis par le régime de Bachar al Assad ou macabre mise en scène orchestrée par l’opposition pour forcer la communauté internationale à sortir de sa réserve ? Attaque aux gaz toxiques ou intox médiatique ? Ce qui s’est passé mercredi dans la banlieue de Damas inspire autant de répulsion que de méfiance. Des Balkans à l’Irak en passant par Timisoara, des manipulations fameuses nous rappellent à une opportune prudence dans les analyses et les jugements.

Il n’en faut de toute manière pas tant pour que l’Onu se dérobe. Si l’on cherchait encore une preuve que cette organisation ne sert presque à rien, on l’a trouvée dans l’incapacité du Conseil de sécurité à mandater ses enquêteurs déjà sur place (!) pour qu’ils tirent au clair les événements. Si tout ce que le Conseil peut faire, c’est d’exprimer, par la voie de la présidence en exercice (l’Argentine), le "sentiment général qu’il faut faire la lumière sur ce qui s’est passé et que la situation doit être suivie de près", c’est à pleurer de rire, de rage et de désespoir.

L’obstruction des Russes et des Chinois est l’explication technique de ce blocage, mais il s’agit à l’évidence d’une excuse donnant bonne conscience aux autres tant il est devenu manifeste que plus personne ne veut bouger sur le dossier syrien. L’Occident est dégrisé depuis que "le printemps arabe", loin d’enfanter les démocraties riantes dont on rêvait naïvement, a enfanté partout des régimes rétrogrades qui font déjà regretter les dictatures d’antan. De l’Egypte plongée dans le chaos à la Tunisie où l’on assassine les opposants, tout donne à penser aux cyniques qu’il n’y a désormais plus d’autre issue en Syrie que sa "libanisation", son morcellement après implosion.

Un édito de Philippe Paquet.