Edito Un commentaire de Dorian de Meeûs


Il y a quelques semaines, l’affaire Publifin éclate. La porte-parole du groupe liégeois tente, dans un premier temps, de colmater les brèches, allant jusqu’à nous menacer de poursuites pour diffamation. Depuis, les révélations s’accumulent. Les Belges passent de l’étonnement à l’écœurement. Une incompréhension largement partagée par de nombreux militants politiques et jeunes élus.

Comment ces responsables politiques ont-ils pu s’octroyer de telles rémunérations injustifiables ? Comment osent-ils se faire payer pour des réunions auxquelles ils n’assistent même pas ? Pourquoi sont-ils les seuls à ne pas voir les situations de conflits d’intérêts dans lesquelles ils se placent ? Comment parviennent-ils encore à justifier des structures opaques alors que la transparence la plus totale est exigée pour tous les citoyens et toutes les entreprises ? Là où on évoque des dérapages, la Flandre pointe du doigt des élus corrompus dans un système mafieux.

Tous les politiques ne sont pas "pourris", loin de là, et le niveau de gravité peut varier d’une situation à l’autre. La plupart d'entre eux travaillent beaucoup, énormément même. Mais la situation actuelle ne porte pas seulement préjudice à quelques conseillers provinciaux, ministres, chefs de cabinet, bourgmestres et élus locaux, elle déchire un peu plus le lien fragile qui existe entre les citoyens et leurs représentants. Certains ont joué avec les limites ou les interprétations des lois et se sont assis sans vergogne sur la morale et l'éthique. Il a fallu des semaines pour que les présidents du PS, CDH et MR réalisent l’ampleur du séisme. Aujourd'hui, ils ne savent plus comment endiguer cette contestation. Certains regrettent la médiatisation de ces affaires mais continuent à alimenter discrètement les rédactions en dénonciations de toutes sortes afin de mieux salir leurs adversaires.

Le séisme est loin de s’éteindre

Modestement, offrons aux responsables politiques une porte de sortie, si ce n’est honorable, du moins respectable. Les présidents de parti doivent mettre un terme à des pratiques dénoncées régulièrement, mais rarement empêchées. Cela commence notamment par la réduction du nombre de ministres qui représentent les francophones. La Belgique détient un triste record mondial, celui du plus grand nombre de ministres par habitants. Certains ont des compétences particulièrement étroites et limitées. On le sait, on le répète. Ce n'est plus acceptable.

Pourquoi les TEC wallons comptent-ils pas moins de 85 administrateurs alors que De Lijn se contente de 11 personnes? Comment accepter que des élus, dans l’ombre, puissent accumuler des dizaines de mandats rémunérés en toute légalité dans des conseils d'administration créés sur mesure? Pourquoi des plafonds de rémunération sérieux, fixés par la loi, ne sont-ils pas contrôlés par une autorité compétente? Par quelle déviance du système offre-t-on mandats à des amis politiques pour services rendus ? Comment se fait-il que les partis qui nomment les administrateurs semblent ignorer ce qu’ils font une fois en place ?

S’il ne faut pas céder à l’émotion, il faut à présent prendre des mesures fortes et que la raison l'emporte. Quand un ancien président de parti dénigre ceux qui gagnent moins de 4.800 euros net par mois, c’est la quasi-totalité de la population qui peut se sentir insultée ! Les citoyens réalisent plus que jamais à quel point ces fonctions peuvent déconnecter les élus de leurs électeurs. Messieurs les présidents de parti, la balle est dans votre camp!