Opinions

Comprenez-vous pourquoi certains chrétiens dénoncent un climat «méprisant» à leur égard?

D'abord, il n'est pas facile de passer d'un système de références morales où le catholicisme était dominant à un système où ces références sont plurielles avec comme avantage, la liberté, et inconvénient, le manque d'homogénéité. Le christianisme catholique, comme beaucoup d'autres tendances religieuses et philosophiques, est confronté aujourd'hui à cet éclatement et à des problèmes nouveaux (notamment en bioéthique et nouvelles technologies) et éprouve des difficultés à y répondre en fonction de son corpus traditionnel.

Ensuite, il existe un soubassement de la culture catholique qui aime à se présenter comme une «église des catacombes», vouée aux martyrs. Cela fait partie des clichés de l'horizon chrétien qui, dans des circonstances difficiles, sont réactualisés. Mais ce sentiment n'a pas de fondement actuellement dans un pays comme la Belgique.

Troisièmement, il fait se rendre compte qu'aujourd'hui, toutes les grandes tendances spirituelles sont confrontées à un «droit au blasphème» et à une désinvolture par rapport à leurs valeurs. Le déplaisir causé, on peut soit s'en moquer soit le transformer en sensation d'agression. Certaines agressions émanant de la laïcité ou d'ailleurs, peuvent être peu nuancées et la richesse et diversité de points forts du catholicisme occultées. Celui qui réfléchit alors en profondeur sa foi ne se reconnaîtra pas dans la caricature du catholique dogmatique, intégriste et «papolâtre». Caricaturer l'autre pour mieux le détruire a toujours été un procédé méprisable. Et il peut blesser.

L'inculture religieuse actuelle n'est-elle pas aussi un bon terreau pour les clichés et amalgames?

Le meilleur antidote contre l'intolérance est la connaissance. Voilà pourquoi je prône un enseignement sur l'ensemble des religions pour tous qui offre le bagage de connaître l'autre en finesse, pas de le caricaturer au gré de lectures ou films fantaisistes.

Une frange de la laïcité ne contribue-t-elle pas à ce sentiment en se définissant toujours par opposition aux croyants ou à l'Eglise institution?

C'est devenu un comportement minoritaire. Mais n'oublions que la laïcité est née au 19e siècle, d'une réaction. Elle aussi connaît une métamorphose et est passée de la polémique à une action plus constructive. Les grands piliers du pays ne se confrontent plus comme voici 30-50 ans et ce qui était viscéral alors est devenu carnavalesque aujourd'hui.

© La Libre Belgique 2004