Opinions

Que pensez-vous du projet de blocage des loyers avancé par la ministre Onkelinx?

Au-delà de l'effet d'annonce dû à la proximité des communales, je suis satisfait qu'enfin, le niveau fédéral reconnaisse le problème. Par contre, je ne la suis pas sur la solution à apporter. Ce projet n'a rien de nouveau puisqu'il y a eu, depuis la Première Guerre mondiale, pas moins de 71 lois de blocage des loyers. Il s'agissait à chaque fois de répondre à une situation similaire à celle d'aujourd'hui: les locataires ne disposaient pas de moyens financiers suffisant pour faire face à une augmentation des loyers et ce, dans un contexte de pénurie de logements accessibles. Ce problème s'avère davantage citadin puisque le taux de propriétaires habitants est plus important en Flandre ou en Wallonie (entre 65 et 75pc) que dans une ville comme Bruxelles (environ 45pc). Maintenant, un effet pervers à cette mesure est rapidement apparu: après chaque période de blocage, les loyers augmentaient fortement. Voilà pourquoi, plutôt qu'un blocage, nous préférerions un encadrement des loyers.

Pourquoi y a-t-il crise du logement locatif moyen et bas de gamme?

Parce que dans les grandes villes, les loyers augmentent plus rapidement que les revenus. Cette poussée du loyer provient en partie d'un marché locatif opaque: peu d'affichages des prix demandés, ignorance des prix fixés, peu d'enregistrements des baux, etc. Le futur locataire manque donc de renseignements, de références et de points comparaison.

Souvent aussi un effet de hausse s'accompagne d'un effet de spéculation. Ou est le risque? Un propriétaire qui remet un logement sur le marché, va augmenter alors le bail sans aucune raison... et sans contrôle puisqu'il n'existe pas de contrôle des loyers. Après 3 ans et 3 locataires, on peut imaginer la forte augmentation de certains loyers sans justification réelle.

Une frange des propriétaires a aussi comme locataires des gens plus faibles économiquement, peu instruits, connaissant mal leurs droits ou en possédant moins, comme les illégaux. Ces gens, dans un logement peu adéquat et à la merci du propriétaire, préféreront le statut quo. Un exemple parmi d'autres d'inadéquation entre le prix du logement et la qualité offerte.

Pour permettre aux moins favorisés de trouver un logement décent, plutôt qu'un blocage des loyers, vous proposez un encadrement des loyers? En quoi cela consiste-t-il?

La première piste est celle des commissions locatives (avec ses représentants des propriétaires et locataires) existantes à Gand, Bruxelles et Charleroi. Outre la résolution à l'amiable des conflits, elles fixent des loyers de référence pour la commune en question. Mais ces moyennes s'avèrent trop générales. Une solution serait d'obliger l'enregistrement (gratuit!) des baux afin de constituer une banque de données des loyers en Belgique, une base objective qui déterminerait des loyers de référence dans telle zone, pour telles catégories de taille et de qualité d'habitation. Les privés ou les commissions pourront ainsi considérer tel loyer surévalué ou sous-évalué. L'autre pan est celui de la fiscalité immobilière. Comme la taxation sur les revenus locatifs est forfaitaire au revenu cadastral, les bons propriétaires sont pénalisés face aux propriétaires négligents. Mais des mesures fiscales pourraient permettre des déductions ou remboursements de précompte favorisant le propriétaire qui aménage ou rénove correctement ou celui qui donne à une agence immobilière sociale le droit de gérer son logement. Bref, il s'agit de mettre en oeuvre des mesures structurelles -dont la transparence du marché locatif- qui bénéficient aussi aux bons propriétaires.

© La Libre Belgique 2006