Opinions

En 2001, vous lanciez pour la Saint-Gaston la première Journée sans portable. Pourquoi?

Je ne suis pas un extrémiste. Mais j'ai envie qu'on puisse au moins poser quelques questions sur le portable et l'utilisation qu'on en fait. Ce qui m'embête le plus, c'est le comportement qu'on peut avoir avec le GSM. Je pense que les opérateurs nous ont donné un très bon outil mais pas le mode d'emploi de savoir-vivre qui va avec.

Quand j'ai lancé cette journée, je proposais, par exemple, l'idée d'une charte, une sorte de code de bonne conduite. Mais en même temps, il ne faudrait pas qu'on en arrive à des règles comme celles qui prévalent avec le tabac, avec des endroits séparés fumeurs/non-fumeurs. On y vient d'ailleurs déjà. La SNCF ne se contente plus de décorer ses wagons avec des sigles montrant des GSM en veille. Elle réserve carrément des espaces «silencieux».

La «Journée sans portable» s'est nuancée aujourd'hui en «Moins de blabla au téléphone portable, plus de SMS dans les lieux publics»...

Sans être pessimiste, les gens sont très conditionnés. Il n'est plus possible de revenir en arrière. Certains ont une relation avec leur GSM qui est de l'ordre de l'addiction. Si vous égarez votre GSM, vous perdez le contact. Au moins, l'envoi de SMS a l'avantage d'être plus discret. Et plus ludique: je suis, par exemple, le premier à avoir écrit un livre en langage SMS (NdlR: «Pa SAge a taBa», polar de prévention antitabac à destination des 12-15 ans).

Qu'est-ce qui vous agace le plus aujourd'hui?

Le nouveau problème que pose le portable est celui du droit à l'image. Avec les derniers modèles, on peut être photographié à son insu. On a pu voir aussi que lors de catastrophes naturelles, le portable devient même un outil de téléréalité, pour le meilleur et pour le pire. Ce sont les premières images qu'on reçoit du tsunami en Asie du Sud-Est ou lors des attentats de Londres.

En gros, le portable sert de moins en moins à téléphoner. Bientôt nous pourrons même regarder la télé sur le GSM. Ce que je crains, c'est de voir chacun un peu plus enfermé dans sa bulle, de plus en plus en retrait. On n'aura plus la curiosité d'aller voir ailleurs, de se faire surprendre.

© La Libre Belgique 2006