Opinions

Une opinion signée par 760 étudiant(e)s en médecine.


L’Aide Médicale Urgente est une aide sociale de l’Etat couvrant les soins médicaux des personnes indigentes sans séjour légal sur le territoire belge. L’Arrêté Royal du 12/12/1996 précise qu’elle “peut être prestée tant de manière ambulatoire que dans un établissement de soins (et qu’elle) peut couvrir des soins de nature tant préventive que curative”.

Ce jeudi 15 mars 2018, sur proposition de Monsieur le Ministre Denis Ducarme (MR), l’AMU s’est vue restreinte, et son application contrôlée plus sévèrement.

Des abus ? Des économies ?

Le Ministre justifie sa réforme sur base d’un rapport, rédigé par un seul médecin, ayant conclu que sur deux-cents dossiers étudiés fin 2016... Douze contenaient des irrégularités relatives aux critères d’accès à l’AMU. 6% des cas, qui depuis lors ont été d’ailleurs contestés par des experts du dossier pour une interprétation trop restrictive des critères.

Par ailleurs, l’AMU représente 0,2% du budget de l’Assurance Maladie Invalidité, pour une population évaluée à 1% des patients. De plus, le coût individuel moyen des utilisateurs de l’AMU est de 24,5% plus bas que celui des utilisateurs assurés au sein de la population belge. Enfin, on estime que seulement 10 à 20% des personnes en séjour irrégulier font appel chaque année à l’AMU (2013), contre 90% pour le reste de la population.

Un rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union Européenne démontre en outre que la garantie d’accès aux soins permet de réduire les coûts par bénéficiaire comparé à une prise en charge en situation d’urgence vitale, ce qui se produit lorsque les personnes sont structurellement exclues des soins.

Des sanctions pour les médecins

La nouvelle procédure consiste à fonctionner sans liste précise du périmètre clair couvert par l’AMU. Il est prévu qu’un seul médecin-contrôle sera en charge de vérifier, a posteriori, si les soins prodigués rentrent dans le cadre de l’AMU ou non. Ceci ouvre la voie, outre à une complexification administrative considérable, à une interprétation arbitraire, à un manque de recours pour les praticiens concernés, et à l’instauration d’une épée de Damoclès pour les médecins de devoir rembourser de leur poche les frais considérés comme irréguliers par ce médecin-contrôle.

Un refus large, une réforme inacceptable

À de nombreuses reprises diverses organisations comme Médecins Du Monde ou la Ligue des Droits de l’Homme, et des dizaines de médecins (encore récemment dans une carte blanche) de tout le pays ont dénoncé cette réforme, qui n’engendrera aucune économie, mais exclura des êtres humains de soins dont la nécessité et le bénéfice pour la société sont démontrés. Malgré toutes les réactions, le gouvernement semble s’acharner dans cette voie démagogique, en espérant surfer sur une vague "anti-migrants".

Nous, étudiantes et étudiants en fin d’études en médecine, refusons cette réforme. Nous refusons que l’on nous place un couteau sous la gorge à chaque fois qu’un patient en séjour irrégulier franchit notre porte. Nous refusons ce chantage et cette démagogie venant de la plus haute instance politique du Royaume. Nous refusons de laisser des considérations politiciennes mettre en péril les valeurs d’humanité et d’équité, contenues dans le Serment d’Hippocrate que nous prêterons bientôt.


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