A mort, la mise à mort!

Daniel Salvatore Schiffer, philisophe, auteur de "Critique de la déraison pure" Publié le - Mis à jour le

Opinions

Une femme âgée de 43 ans et mère de deux enfants, Sakineh Mohammadi-Ashtiani, risque aujourd’hui, dans la République islamique d’Iran, d’être condamnée à mort, par lapidation (après avoir déjà reçu en guise de "punition" publique, et en présence de l’un de ses propres enfants, 99 coups de fouet). Ses crimes, aux yeux des autorités politico-religieuses de ce pays ? L’adultère, un fait avéré ! Mais, surtout, sa complicité dans le meurtre, perpétré par son amant, de son mari : fait, quant à lui, qu’elle a effectivement avoué, mais sous une contrainte morale ressemblant furieusement à une torture psychologique, avant de le nier ensuite, se rétractant, farouchement !

Certes ne nous appartient-il pas, faute d’éléments suffisants pour trancher la question, de porter ici de jugement sur la culpabilité présumée ou l’innocence avérée de cette femme. De même n’entendons-nous pas, ainsi, rentrer dans la dynamique, encore moins dans le détail, de ce procès. Mais il est une chose dont, toutefois, nous sommes certains en cette procédure judiciaire : c’est que ce type de châtiment, comme d’ailleurs toute autre peine capitale, se révèle en tout point contraire, non seulement aux pratiques d’une démocratie moderne - ce que l’Iran intégriste des Mollahs n’est certes pas - mais, plus globalement encore, au respect de la vie humaine. Et ce quelle que soit, sans exclusive, la gravité des faits incriminés.

A cet argument essentiel - le respect de la vie - même le plus fondamentaliste des croyants devrait, au regard de la charité divine et en toute logique compassionnelle, se montrer sensible. A mort, donc, la mise à mort !

D’autant que ce genre de châtiment, particulièrement barbare et rétrograde, nous renvoie, de sinistre mémoire, et hélas pour cette grande civilisation que fut jadis l’Iran, aux pires heures de l’obscurantisme religieux, indigne de tout pays moderne. C’est dire si la vague d’indignation qu’a suscitée ce verdict de la justice iranienne, aux quatre coins de la planète, est parfaitement justifiée.

C’est pourquoi les intellectuels les plus engagés, consciences s’efforçant inlassablement de demeurer vigilantes quant à la marche claudicante du monde, appellent solennellement les autorités iraniennes à arrêter définitivement, ne fut-ce que pour de simples raisons humanitaires, le cours de cette exécution. Une exécution, aussi inique qu’intolérable, que des organisations internationales de défense des droits de l’homme telles que "Human Rights Watch" estime, de surcroît, imminente.

Davantage : au-delà même de l’urgence de ce cas individuel et particulier qu’est celui de Sakineh, c’est, plus généralement encore, le respect de la dignité comme de la liberté de toutes les femmes iraniennes, qu’elles soient musulmanes ou de toute autre confession religieuse, que nous demandons, avec une même ferveur morale et une identique détermination philosophique, en cet appel pressant auquel s’associent - nous en sommes sûrs - beaucoup d’autres hommes et femmes de bonne volonté de par le monde démocratique !

Daniel Salvatore Schiffer, philisophe, auteur de "Critique de la déraison pure"

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