Opinions

Une opinion de Michel Parys, membre bruxellois du Conseil général de l'Ufapec.


Les tentatives de réguler les inscriptions de manière centralisée ont toutes eu leurs moments d’écueil. N’est-il pas enfin temps de changer les choses durablement en respectant la liberté des parents et des écoles ?


Le droit de choisir l’école représente un concept de simple bon sens au vu de la Constitution et des lois internationales mais est source de nombreux malentendus. Les arguments des détracteurs de cette liberté sont, entre autres, que cela pousse les parents et les élèves au consumérisme, que cela engendre des écoles ghettos, provoque des discriminations et augmente les inégalités, et que c’est négatif pour la qualité globale de l’enseignement. En fait, ces arguments relèvent du procès d’intention et d’une vision quasi mythique de l’école ou encore du réseau unique. Que déclarer à ces opposants du libre choix scolaire ?

Respecter les besoins de chaque élève

Le droit de chaque enfant à bénéficier d’une instruction obligatoire gratuite ne se limite pas à l’inscription et à une place dans une "bonne" école. Chaque enfant a droit à une instruction lui permettant de se développer au mieux de ses potentialités et de s’intégrer harmonieusement dans le tissu social. Pour atteindre des objectifs incontestables d’inclusion des processus éducatifs dans le renforcement de la cohésion sociale, il faut d’abord se fixer sur les besoins personnels de chaque enfant.

Préserver la liberté d’enseigner

Le pilotage de l’enseignement au niveau politique doit donc veiller à préserver la liberté d’enseigner, de créer des écoles et de choisir un type déterminé d’enseignement, ce dernier élément constituant le fondement des deux premiers. La liberté d’enseignement permet de poser les bases d’une véritable démocratie construite dans le dialogue et la complémentarité des différences personnelles et non par leur éradication progressive suite à une centralisation à outrance, fût-ce au nom d’une hypothétique recherche d’égalité absolue mais d’ordre chimérique.

Veiller au libre choix des parents

La liberté de choisir l’école de ses enfants n’est que la confirmation que les parents sont par essence les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. Cette liberté ne peut se limiter au choix d’options philosophiques ou religieuses, mais doit également permettre le choix des options pédagogiques, voire disciplinaires. Le système d’enseignement doit donc se fonder sur les droits des parents citoyens, en application directe du principe de subsidiarité, principal garant du respect des démocraties locales et des droits fondamentaux des personnes.

Protéger l’autonomie des équipes

Si nous désirons en Communauté française un système réellement pluraliste et participatif, caractéristique d’une vraie démocratie, il faut assurer une liberté de choix effective et non canaliser les choix en vertu de critères conditionnant les inscriptions dans les écoles ou uniformiser le programme scolaire à outrance en brimant l’autonomie des équipes pédagogiques. Il ne peut exister de véritable liberté d’enseignement qu’en présence d’une autonomie décisionnelle des établissements, qui est aussi le seul moyen de les responsabiliser quant à l’utilisation efficiente des ressources publiques. Le pouvoir central doit se limiter à définir les objectifs principaux, veiller à la transparence et à la véracité des données rapportées et piloter le tout en bon père de famille.

Consacrer la subsidiarité

Le pilotage de tout système d’enseignement dit démocratique se doit d’être guidé par le principe de subsidiarité. Le pouvoir central et l’administration ne doivent intervenir, en suppléant, que dans les cas où les acteurs de l’éducation, parents, enseignants et directions, s’avèrent incapables de réaliser seuls les objectifs assignés. Pour que le droit à l’éducation soit effectif, la réunion de quatre conditions doit être assurée : des dotations suffisantes pour des dispositifs éducatifs de qualité, une accessibilité non discriminatoire à ces dispositifs, une acceptabilité de l’offre éducative par les parents et une adaptabilité de cette offre pour coller aux besoins changeants de la société. Si les deux premiers critères (dotations et accessibilité) sont souvent invoqués, probablement par facilité et manque de mise en perspective, par les partisans de la centralisation, les deux derniers (acceptabilité de l’offre par les parents et adaptabilité de l’offre) sont incontestablement des éléments nécessitant pluralisme et décentralisation du système éducatif.

Centralisation et formatage : assez !

Avec la trilogie des décrets inscriptions, la Communauté française ne s’est-elle pas égarée et n’est-il pas temps pour elle de réorienter pour respecter l’humain et garantir les droits fondamentaux ? La recherche de centralisation voire de monopole éducatif de l’Etat se fonde principalement sur une méfiance (explicite ou implicite) envers ces acteurs et un certain déni de leurs droits fondamentaux et responsabilités intrinsèques.

La liberté de choix de l’école de ses enfants et le pluralisme de l’offre éducative sont les nécessaires conditions pour l’existence d’une éducation à la citoyenneté qui ne soit pas à sens unique. Toute centralisation et tout formatage des outils éducatifs accompagnés d’une castration de la liberté d’enseignement maintiendront les parents, les enseignants, les directions et les élèves sous une étouffante et inefficiente tutelle, aux antipodes de la démocratie. Et tout Pacte d’excellence ne pourra recueillir l’adhésion nécessaire qu’en rendant la confiance aux acteurs de terrain et leurs partenaires-parents en s’inscrivant dans les principes énoncés ci-dessus.


→ Le titre, l’introduction et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Enseignement : concentrons-nous sur les fondamentaux !"