Opinions

Belge de coeur

Coréen de sang

Au lendemain de la Gay Pride à Bruxelles, le débat de l'adoption par les couples homosexuels revient sur la scène politique avec de plus en plus d'insistance et de pression, l'approche des élections régionales et européennes du 13 juin ayant pour conséquence d'amplifier les échos auprès de nos hommes et femmes politiques. Dès lors, il est entendu que pour la bienséance, les politiques de tout bord se doivent de se prononcer (quitte à dire parfois des inepties) sous peine de ne pas être «à la page» ou encore d'être taxés «d'homophobe».

Le droit à l'adoption aux couples gay et lesbiens... voilà donc LA revendication de ce début de millénaire. Et à chacun d'avancer ses arguments scientifiques (ou non) afin de prouver le bienfondé de sa position. Et que je te donne un argument massue par ci, et un autre argument décousu par la... On mélange les genres et on arrive vite à être «MAD» pour en finir à la «DÉMENCE». Même une chatte n'y retrouverait pas ses petits. A dire vrai, que cela soit pour les couples hétéro, homo ou les monoparents, à chaque débat sur l'adoption, je reste bien souvent perplexe. Perplexe sur la manière dont est abordé le débat sociétal, dont les questions sont posées, dont les choses sont affirmées.

Première perplexité. On n'a de cesse de nous dire que l'adoption, ce n'est pas le droit à l'enfant mais bien le droit de l'enfant. Or, bien souvent nous pouvons traduire dans les propos des adultes désireux d'adopter (homo, hétéro ou célibataire)... ce droit à l'enfant en tant qu'adulte plutôt que ce droit de l'enfant à s'épanouir dans un environnement familial équilibré.

Deuxième perplexité. Si droit de l'enfant il y a, où sont donc passés les enfants dans les comités de réflexions, dans les débats publics, dans les enquêtes et avis? Très peu sont en réalité consultés. Et si, par extraordinaire, ceux-ci devaient être trop jeunes, pourquoi ne pas faire appel à ces milliers d'enfants adoptés qui sont devenus adultes aujourd'hui (et bien souvent, parents eux-mêmes) ? Affranchis de toute influence éventuelle de leurs propres parents. Autant de témoignages riches et enrichissants qui ne sont que trop rarement pris en compte.

Société «sparadrap»

Troisième perplexité. Nous vivons dans un société que j'appelle volontiers une société «sparadrap» (ou pour ceux qui aiment le vélo: une société «rustine». Une société qui adapte sa législation pour répondre à des problèmes et non pour les prévenir.

S'il existe effectivement des impératifs économiques ou pragmatiques, cela ne peut pas justifier d'agir continuellement dans l'urgence pour contrer un problème qui n'a pu être prévenu à temps ou qu'un lobby (quel qu'il soit) a imposé aux politiques. Tout cela à cause d'une législation mal ficelée et donc bien souvent mal réfléchie.

Sans tomber dans la réunionnite aiguë, où sont donc passés les comités de réflexions qui impliquent nos concitoyens aptes à contribuer positivement à une société de la prévention ? Attention, pas de poujadisme primitif, la faute est partagée car nous avons tous notre part de responsabilité dans cet état (et Etat) des choses. Cette troisième perplexité est rejointe par ma seconde.

Quatrième perplexité. A l'heure où les valeurs familiales éclatent en mille morceaux, où nous voyons des familles se décomposer, se recomposer, s'aimer, se tirailler, le débat sur l'adoption se complique encore plus. La «laïcisation» de la valeur familiale au profit de la liberté de l'individu a eu bien des effets néfastes sur de nombreuses générations. Il semble clair qu'un débat sur l'adoption ne peut se faire sans un débat sur la famille.

Cinquième perplexité et questionnements. A toujours parler du droit à l'adoption, nous en arrivons à oublier où se situe le vrai débat de société qui se cache derrière tout cela. Peu d'adultes candidats à l'adoption s'interrogent sur le pourquoi et le comment il y a des enfants «disponibles» pour l'adoption.

Le réel débat sociétal qui se cache derrière ce droit à l'enfant est en finalité le «Pourquoi des enfants sont-ils abandonnés dans une société dite moderne?». Quelles sont donc les raisons profondes de tels abandons? Quels sont les problèmes que notre société n'a pas pu prévenir? Pourquoi des gens en arrivent-ils à devoir (bon gré, mal gré) abandonner leurs enfants? Pourquoi y a-t-il autant d'enfants abandonnés de par le monde? Encourager l'adoption c'est appliquer un «sparadrap» sur la blessure d'un enfant qui a été abandonné. Le jour où les candidats adoptants se poseront ces questions, alors, nous pourrons, peut-être reparler du droit à l'adoption.

Un enfant au lourd passé

En conclusion, l'adoption est une aventure formidable autant pour les parents que pour les enfants à condition que celle-ci soit bien préparée et qu'elle se fasse dans un milieu familial équilibré et stable. Ne perdez jamais à l'esprit que l'enfant qui vous arrive (que cela soit un bébé de quelques semaines ou un enfant de 10 ans), dispose déjà d'un lourd passé, d'une histoire, d'une blessure... celui, au minimum, de l'abandon. Derrière ce simple geste se cache de nombreux questionnements, de nombreuses hantises, telle une pièce du puzzle manquante.

Ne vous battez pas pour avoir le droit d'un enfant, mais battez-vous pour que l'enfant puisse répondre à ses questions et retrouver une dignité perdue.

La question de l'adoption mérite qu'on adopte un autre regard sur celle-ci avant de scander n'importe quelle revendication en l'air... ici, on ne brade pas les enfants, on se doit de les respecter (du moins, j'ose l'espérer au plus profond de moi) !

© La Libre Belgique 2004