Opinions
Une chronique de Christophe Ginisty, professionnel de la communication. 


Après les enregistrements diffusés à son insu, lui dont la mission était de rassembler parvient à le faire... contre lui.


Le piège, dans lequel est tombé Laurent Wauquiez il y a quelques jours lors d’une intervention devant des étudiants à qui il avait pourtant demandé de ne surtout rien laisser filtrer sur les réseaux sociaux, a fait la une de tous les médias français la semaine dernière et le bonheur des éditorialistes. Au programme, des assertions assassines sur Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, Valérie Pécresse, Alain Juppé, Gérald Darmanin… Au-delà du fond qui a déjà été copieusement commenté, cette séquence est instructive du point de vue ComPol (communication politique).

Il y a tout d’abord la stupéfiante naïveté de Laurent Wauquiez. Lui qui n’est pourtant pas si vieux, comment a-t-il pu penser une seule seconde que de tels propos ne se retrouveraient pas immédiatement sur les réseaux sociaux et, par extension, sur les médias traditionnels, quelles que soient les règles qu’il entendait fixer au départ ? Nous sommes en 2018 et la notion de confidentialité dans une réunion publique est une chimère. Cela n’existe plus et tout responsable politique devrait en avoir conscience. Un auditoire de plusieurs dizaines de personnes, c’est un passage assuré vers une audience plus large, immédiatement et sans filtre.

Du coup, il n’existe plus deux discours, le "bullshit médiatique" que l’on servirait aux journalistes sur un plateau de télévision (pour reprendre l’expression utilisée par Wauquiez lui-même) et la parole vraie que l’on réserverait à des assemblées plus réduites dans des cadres confidentiels. Tout ce qui est dit sera répété, c’est une certitude. L’ère des réseaux sociaux impose en effet aux responsables politiques d’être toujours en accord avec ce qu’ils disent, ce qu’ils font et, par conséquent de maîtriser leur parole à tout moment.

Le deuxième enseignement de cette séquence désastreuse est qu’elle montre le vrai visage d’un responsable politique. Il y a en effet beaucoup plus de matière pour se faire une idée sur la dimension politique de Laurent Wauquiez dans ces quelques enregistrements volés que lors de tous ses discours.

Tous les journalistes vous le diront, le "off the record" est plus instructif que le reste. D’après ce qui a été reporté, nous sommes en face d’une personne qui s’attache à des détails insipides, qui raille les attitudes de ses adversaires plutôt que de mettre en perspective les idées, qui abuse de familiarités et d’un langage fleuri. Bref, nous avons une parole politique désacralisée, sans hauteur, presqu’une conversation de café du commerce.

Conséquence des deux premiers enseignements, Laurent Wauquiez nous laisse sur le bord de la route, en panne sèche, sans la moindre idée, sans la moindre proposition à nous mettre sous la dent. Et lorsqu’il va se défendre sur le plateau de BFM quelques jours plus tard, il adopte la plus ridicule des stratégies de défense en appuyant ses propos et dire qu’il les valide sans le moindre regret, montrant ainsi que lui, le surdoué, le major de l’ENA, il n’a tout simplement rien compris à l’émotion suscitée par ses dérapages.

Encore une fois, au-delà du fond idéologique et de ce que représente Laurent Wauquiez sur l’échiquier politique, cet enregistrement volé au début de son mandat de président des Républicains installe le personnage dans ses attributs les plus mesquins et détestables. Il fournit un prétexte et ouvre la voix à ses anciens amis pour quitter le navire et pourrait bien provoquer l’accélération de la formation d’un mouvement politique cohérent de centre droit porté par des hommes et des femmes qui refusent ouvertement de lui accorder leur confiance. Lui dont la mission devrait être de rassembler semble réussir à le faire contre lui.

Comme quoi, la naïve maladresse d’un exalté pourrait bien se transformer en fait politique majeur.