Opinions

Une opinion d'Ikram Ben-Aissa, écrivaine.


Je n’ai pas bien dormi cette nuit, les larmes qui se déversaient sur mes joues y sont pour quelque chose. Et pour cause : l’agression sexuelle d’une jeune femme dans un bus par plusieurs jeunes dans la ville de Casablanca, il y a trois mois de cela. Cet horrible événement diffusé récemment, a fait le tour des réseaux sociaux et plusieurs articles de journaux ont pris la peine d’en parler. Les images sont choquantes et les descriptions dans les articles ne peuvent qu’exprimer l’indignation. Pourquoi ? Parce que nous avons une femme qui est utilisée comme objet sexuel, tremblant de peur et en pleurs, alors que ses agresseurs vivent cet instant comme un amusement quelconque. Plus que cela, nous pouvons constater que cette femme est en danger et personne dans le bus ne fait quelque chose pour sa sécurité. Ainsi, les responsabilités sont multiples, une réflexion est nécessaire sur l’agissement de ces jeunes, la non réaction des autres passagers, ainsi que du chauffeur de bus.

Mais qui éduque ce genre de personnes ? Nous sommes forcément obligés de nous demander de quelle manière ces individus ont appris à respecter les femmes. Qui sont ces mères et ces pères qui délaissent l’éducation de leurs enfants ? Ces personnes ne sont pas des citoyens qui investissent la société pour plus de sécurité, non, ce sont des menaces que la société porte en son sein. Si une partie du problème se situe dans le contexte familial, ce n’est qu’une partie de la réponse. En effet, nombreux sont les individus qui sont des hommes exemplaires dans un contexte donné, puis, dans un autre, se retrouvent à avoir des attitudes indignes. L’effet de groupe y est pour quelque chose, la banalisation de ces crimes, les représentations de la femme comme objet sexuel sont également des facteurs à prendre en compte. Si ces éléments expliquent une situation complexe un peu partout dans le monde, il est important d’observer l’absence d’une citoyenneté exemplaire, qui responsabilise les individus à agir pour la sécurité de tous.

Nous, les femmes, avons hérité du mot insécurité. Une insécurité que la majorité de la gente féminine a pu vivre au moins une fois dans sa vie et sous différentes formes : par un regard insistant, une présence physique inquiétante, des paroles mal placées jusqu’aux attouchements et au viol. Oui, les agressions sont de différentes formes et elles prouvent qu’une femme, et ce, peu importe la manière de se vêtir, est vue comme une proie à déranger, à humilier, à ne pas respecter.

Pour certains, le fait de porter des vêtements courts est un argument pour justifier l’inacceptable, mais d’autres éléments peuvent être ajoutés à la liste. En effet, il existe encore de nos jours des hommes et des femmes qui se permettent de défendre un agresseur sexuel par la manière dont la femme est habillée, mais aussi, par le simple fait d’être dans un quartier réputé dangereux ou de se balader à une heure indue… pour une femme ! Ces propos sont encore présents dans l’esprit de beaucoup. Ainsi, il est essentiel de combattre ces idées, car chaque victime d’insécurité relève de la responsabilité de tous : ceux qui ne réagissent pas à ces agressions multiples, ceux qui justifient cette insécurité et les représentants de l’ordre qui ne considèrent pas forcément les prémices d’un viol et d’une agression sexuelle.

Si aujourd’hui Casablanca porte en elle la honte, il est important de souligner que ce genre d’agression se retrouve un peu partout sur la planète Terre. De la Belgique en passant par l’Inde jusqu’en Egypte, nous avons des hommes qui portent atteinte à la sécurité et à la dignité des femmes. Que cela soit sous la forme de violence sexuelle ou de violence conjugale et j’en passe, il y en a tellement. Aussi, il est important d’effectuer une remise en question quant à la manière de se représenter le vivre ensemble, plus particulièrement entre les hommes et les femmes. L’insécurité que nous, femmes, subissons dans notre quotidien est inacceptable, peu importe la manière dont les femmes s'habillent, peu importe dans quel endroit ou à quelle heure elles se retrouvent.

Je n’ai pas bien dormi cette nuit, les larmes qui se déversaient sur mes joues en sont pour quelque chose. En fait, aucune femme et aucun homme solidaire ne pourra bien dormir et ce, tant que nos mères, nos sœurs, nos tantes, nos voisines, nos semblables féminins vivent avec cette menace au quotidien. Cette menace d’être un jour agressé par des vauriens, mais surtout, de ne pas pouvoir compter sur l’aide d’autres citoyens !