Opinions

Une opinion de Karin Genoe, administratrice-déléguée de Vias.

En dépit de chiffres préoccupants, l’alcool au volant reste socialement accepté en Belgique. Installer un éthylotest antidémarrage dans la voiture peut compenser cette norme sociale défaillante. C’est ce que j’ai fait.

L’alcool représente l’une des plus grandes causes de mortalité routière : en Belgique, il joue un rôle dans un accident mortel sur quatre. Tout le monde devrait donc savoir que boire et conduire ne sont pas compatibles et pourtant, nous le faisons quand même : 18 % des Belges déclarent avoir pris le volant au cours du mois écoulé alors qu’ils avaient dépassé la limite légale autorisée. Hormis la France (22 %), il s’agit du pire résultat d’Europe : 9 fois plus que les Suédois (2 %) et 3 fois plus que les Néerlandais (6 %).

La Belgique est aussi le pays européen où l’alcool au volant est le plus socialement accepté. Belge sur 3 affirme que ses amis trouvent acceptable de prendre la route après avoir bu. Aux Pays-Bas ou dans les pays scandinaves, il est inconcevable de conduire en état d’ébriété. Si vous transgressez cette norme sociale, vous serez vivement condamné par la communauté. 90 % des citoyens suédois essaient de dissuader un ami ou un membre de leur famille de conduire sous l’effet de l’alcool. En Belgique, cette forme de contrôle social n’est pas autant ancrée dans notre culture : seuls 75 % des Belges osent intervenir si un conducteur est ivre.

Changement de comportement

Pour changer cette mentalité, il est de notre devoir de prendre des mesures complémentaires. Les Belges devraient trouver naturel de retenir une personne intoxiquée, avant qu’elle ne prenne la route et qu’elle ne mette en péril sa vie ou celle des autres. Dans ce contexte, c’est une bonne chose que l’éthylotest antidémarrage soit instauré dans notre pays à compter du 1er juillet pour les conducteurs pris avec une alcoolémie de 1,8 ‰ ou plus – l’équivalent de 8 à 10 verres d’alcool durant une courte période. Les récidivistes contrôlés avec un taux d’alcool dans le sang d’1,2 ‰ ou plus seront aussi contraints d’installer un éthylotest antidémarrage.

Il s’agit d’un petit appareil relié au démarreur du véhicule. Son fonctionnement est simple : avant de pouvoir démarrer, vous devez souffler. Si votre alcoolémie est supérieure à la limite autorisée, vous ne pouvez pas démarrer. Vous devrez dès lors attendre que votre test soit négatif.

Le dispositif enregistre toutes les données : la teneur en alcool dans l’haleine, le nombre de tentatives pour souffler dans l’appareil et les moments auxquels le conducteur a soufflé. Pour éviter tout comportement frauduleux, l’appareil est programmé de façon telle que le conducteur doive souffler à plusieurs reprises au cours de son trajet.

Pour les contrevenants routiers, l’éthylotest antidémarrage est assorti d’un programme d’encadrement qui les sensibilise aux dangers et aux conséquences d’une conduite sous l’influence de l’alcool. Et ça fonctionne : cette approche permet d’induire un changement de comportement durable et de réduire le risque de récidive.

Je ressens un sentiment de stigmatisation

L’éthylotest antidémarrage est un outil efficace visant à aider les conducteurs à prendre part dans la circulation en toute sécurité tout en apportant un changement de comportement, ce qui reste l’objectif principal de l’institut Vias. Vous pourrez vous demander pourquoi seules les personnes qui ont commis une grave infraction auraient intérêt à installer un tel appareil dans leur voiture.

Cela fait deux ans que j’ai fait installer de mon propre chef un éthylotest antidémarrage. Il me permet de rester vigilante et consciente des exigences élémentaires auxquelles doit répondre un conducteur. Ça ne comporte que des avantages. Or je ressens un sentiment de stigmatisation. J’éprouve souvent le besoin de me justifier pour cet éthylotest antidémarrage si quelqu’un monte à bord de ma voiture. J’insiste alors spontanément sur le fait que je l’ai fait installer sur base volontaire.

La communauté semble avoir une mauvaise perception de l’éthylotest antidémarrage : ce n’est pas parce que quelqu’un se soumet à un test d’alcool dans sa voiture qu’il a un problème en soi. Cela prouve simplement que vous voulez vous imposer une forme de discipline en matière de consommation d’alcool au volant.

Boire et conduire ne vont jamais ensemble. C’est le principe auquel nous devons tous adhérer dès maintenant. Mais nous avons souvent besoin d’aide et le contrôle social et la technologie peuvent nous aider à y arriver.

--> Le titre et l’introduction sont de la rédaction. Titre original : “Les Belges trop tolérants à l’égard de l’alcool au volant”.