Opinions
Une opinion de Bill Wirtz, étudiant à l'ULB et coordinateur pour le groupement étudiant libéral européen "Students for Liberty".

Toute réglementation du mode de vie infantilise le consommateur européen. Il faut en finir avec cela !


L’année 2017 a vu une nouvelle augmentation des réglementations sur les styles de vie, à la fois par l’Union européenne et par ses Etats membres. Alors que les pays adoptent des degrés variables d’interventionnisme économique, des normes différentes sur l’assainissement budgétaire, ou des positions alternées en réaction au changement climatique, les réglementations sur les modes de vie semblent être populaires partout au sein des structures étatiques.

Historiquement, les notions de conservatisme social sont attribuées aux normes comportementales du "Clean Living". Aux Etats-Unis, ces mouvements de Clean Living ont exercé de fortes pressions en faveur de mesures telles que l’interdiction du tabac, car ils associaient les cigarettes à une consommation excessive d’alcool et à la pornographie. Ces militants voulaient éliminer les maux de l’alcool, du tabac et de la pornographie, afin de regagner les valeurs familiales traditionnelles et d’aboutir à une ère prospère sans crime. Outre l’alcool, des substances telles que le tabac, le thé et le café étaient considérées comme nocives et responsables de l’éveil des "traits pervers". Les hommes étaient considérés comme débilités par l’alcool et le tabac et les femmes étaient considérées comme affectées par le café et le thé.

L’alcool et le tabac

A quel point le lobby de la santé publique est-il vraiment différent de ces puritains ? Tout d’abord, le café et le thé ne sont pas encore sur la liste, mais en ce qui concerne le rythme auquel évolue l’Etat "nounou", nous ne devrions pas être trop confiants.

L’alcool et le tabac sont définitivement tombés dans une hystérie très comparable à celle caractérisant le mouvement puritain du XIXe siècle. Avec sa récente décision sur le prix minimum de l’alcool, l’Ecosse ignore la science comportementale de base, car les consommateurs à faible revenu dépensent juste une plus grande partie de leur revenu pour l’alcool, au lieu d’investir dans leur propre santé. Du côté du tabac, les "défenseurs de la santé publique" passent activement sous silence l’échec patent des mesures du paquet neutre en Australie. Lorsque les faits n’ont plus d’importance pour la politique publique, alors la post-vérité devient reine.

Le soda

Mais sur les biens de consommation à distribution rapide ("Fast moving consumer goods"), ce ne sont pas seulement les accessoires de style de vie comme l’alcool et les cigarettes qui tombent sous la désapprobation du lobby de la santé publique. La nourriture et les boissons sont également ciblées, pour avoir "infesté" la population avec de sérieux problèmes de santé. La France et l’Irlande s’attaquent maintenant à un des plus grands problèmes mondiaux : le soda. L’Irlande a introduit une nouvelle taxe sur les boissons sucrées, tandis que la France a augmenté la taxe créée en 2012 sous le président Sarkozy. Encore une fois, nous avons affaire à une fiscalité régressive très injuste : les ménages riches et moyens ne se verront guère affectés par la mesure, alors que les ménages à faibles revenus devront en tirer la plus grande perte.

Les matières grasses

Lorsque le Danemark a introduit sa "taxe sur les matières grasses" controversée, visant les aliments gras, les consommateurs se sont tournés vers des produits similaires à partir de productions moins chères, ne changeant rien à leur régime alimentaire. Le Danemark en a tiré la conclusion logique : la même majorité politique qui a introduit la taxe l’a abolie 15 mois plus tard. L’Irlande et la France ne le feront pas.

Nous en sommes arrivés à un point où nous ne créons pas de règlements sur le mode de vie au moyen de l’élaboration de politiques fondées sur des preuves, mais sur des émotions. Les nouveaux règlements sur les choix des gens sont jugés très efficaces et tous ceux qui s’y opposent "ne pensent pas aux enfants". Cela semble être l’état du débat public au XXIe siècle.


© vince


Le kebab

Nous pouvons facilement le visualiser à travers la récente dépression nerveuse des médias allemands après l’apparente interdiction du kebab, que la commission ENVI du parlement européen avait préconisée d’après certains médias qui avaient titré que l’interdiction du kebab était imminente. Ce qui m’intéresse n’est pas vraiment que les députés ont été mal compris dans l’argumentation contre une large légalisation de phosphate dans la viande en Europe (ce qui ne revient pas à une interdiction du kebab), mais que nous avons cru l’histoire si facilement. L’UE propose apparemment d’interdire un produit qui assure la survie de centaines de milliers de personnes, mais on ne pose pas trop de questions. Ceci n’est même pas une attaque sur le journalisme de nos jours, mais une critique sur le fait que nous sommes devenus si engourdis à la présence du paternalisme gouvernemental constant, que nous devenons indifférents. Nous ne serions probablement pas surpris si le gouvernement décidait d’interdire le chewing-gum, comme à Singapour. Mais ne leur donnons pas d’idées.

Interdire est dévastateur

Quand nous regardons l’interdiction de l’alcool dans les années 1930, nous sommes tous d’accord pour dire que nous examinons une politique qui a échoué. La prohibition a créé un marché noir puissant et violent, elle a empoisonné la qualité des ventes d’alcool au sein de ce marché noir et elle a puni les consommateurs responsables. En fait, les résultats dévastateurs de l’interdiction de l’alcool aux Etats-Unis sont constamment invoqués pour justifier la légalisation de substances comme le cannabis.

Avec les Etats membres de l’UE qui augmentent les taxes sur l’alcool, limitant son accès et ses lieux de consommation, nous n’introduisons pas une interdiction en tant que telle, mais une quasi-interdiction qui se verra échouer sur le marché de la même manière. Que ce soit les minimums écossais d’alcool, les taxes d’accise irlandaises exorbitantes ou les monopoles d’Etat norvégiens sur l’alcool : ils réduisent l’accès pour les consommateurs les plus responsables et affectent proportionnellement plus les utilisateurs à faible revenu. En fait, les réglementations sur le mode de vie sont socialement injustes et économiquement inefficaces.

Nous sommes des adultes et nous prenons parfois des décisions pour nous-mêmes qui sont malsaines. Partant de cette réalisation, notre solution devrait être une consommation modérée, et non une quasi-interdiction. La réglementation du mode de vie infantilise le consommateur européen. Il faut en finir avec cela.