Aller à l’école ne suffit pas

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Opinions

La Coopération belge au développement publiera bientôt son rapport annuel, qui, depuis 2010, est structuré selon le cadre des 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). En 2000, les leaders mondiaux se sont engagés à réduire la pauvreté d’ici 2015. A ce rythme, l’Objectif 2 visant l’éducation primaire pour tous ne sera certainement pas atteint.

Aujourd’hui, 67 millions d’enfants ne vont toujours pas à l’école primaire. Certes, l’avancée depuis 1999 est significative (le nombre d’enfants non scolarisés a baissé de 39 millions), mais elle reste insuffisante pour atteindre l’objectif d’ici 4 ans. L’accès à l’éducation n’est pas notre seule préoccupation. Trop d’enfants inscrits à l’école n’achèvent pas leur cycle primaire. Chaque année, dans la seule région de l’Afrique sub-saharienne, 10 millions d’enfants abandonnent les bancs de l’école. De nombreux élèves affichent aussi des résultats qui ne correspondent pas à leur niveau de scolarisation. Les données du rapport mondial de suivi "Education pour tous (EPT)" 2011 attestent ce constat pour plusieurs pays de diverses régions du monde. En Asie du Sud, différentes recherches indiquent que seul 1 enfant sur 5 peut lire un texte simple au terme de 3 ans de scolarité.

La mauvaise qualité de l’éducation est l’un des principaux facteurs du taux élevé de décrochage et des faibles résultats d’apprentissage en primaire. Manque d’enseignants qualifiés et/ou correctement rémunérés, méthodes pédagogiques inadaptées, classes surpeuplées, système d’inspection inefficace, manque d’infrastructures Tous ces aspects entravent l’apprentissage des enfants. Dans les pays en développement, la hausse des inscriptions scolaires renforce la pression sur les systèmes éducatifs. En un court laps de temps et avec des moyens limités, de nombreux enseignants doivent être formés, des classes construites, des manuels et le système de soutien pédagogique révisés.

Selon le rapport EPT, 1,9 million d’enseignants supplémentaires seraient nécessaires (dont plus de 50 % en Afrique sub-saharienne) pour atteindre l’OMD 2 d’ici 2015. Cela donne une idée des défis auxquels les pays concernés doivent encore faire face.

Le manque d’accès à des services d’enseignement et de protection de la petite enfance (EPPE) de qualité est un autre facteur explicatif des faibles résultats d’apprentissage en primaire. De nombreuses études démontrent que la prise en charge des enfants dès leur plus jeune âge joue un rôle indispensable dans le développement du cerveau, l’acquisition du langage, les capacités d’apprentissage, le développement psychosocial et intellectuel et la maturité scolaire.

Bon nombre d’enfants, spécialement dans le Sud, intègrent l’école sans la préparation requise. L’accès limité à ces structures peut mener à des déficits d’apprentissage. Ce retard accumulé par les jeunes enfants en termes de connaissances et de compétences de base est difficile et coûteux à rattraper.

Malheureusement, les restrictions financières et budgétaires laissent peu de place à la formation de nouveaux enseignants, à l’amélioration de leur soutien professionnel et des infrastructures, à l’innovation des méthodes d’instruction et à l’investissement dans les services EPPE.

Pour la première fois depuis 2000, les budgets alloués à l’éducation de base (*) par les bailleurs de fonds internationaux ont stagné en 2008. L’aide à l’éducation de base dans la région sub-saharienne a même diminué de 6 % par enfant. Le rapport EPT 2011 indique que les bailleurs accordent 41 % de leur budget éducation à l’éducation de base. Avec seulement 19 % alloués, la Belgique est loin derrière alors qu’elle consacre près de 2/3 de son budget éducation à l’enseignement supérieur !

Cette répartition actuelle du budget éducation de la Coopération belge au développement est-elle appropriée pour promouvoir un développement équilibré et la complémentarité des niveaux éducatifs ? L’enseignement supérieur joue un rôle essentiel dans la croissance et le développement d’un pays. Mais ses résultats dépendent de la qualité de l’éducation de base. Les investissements dans l’enseignement supérieur seront d’autant plus rentables s’ils sont soutenus à large échelle par une éducation primaire et secondaire de qualité : un enseignement primaire et secondaire de mauvaise qualité ne peut mener qu’à un enseignement supérieur du même acabit. En outre, les faibles niveaux d’apprentissage à l’issue de l’éducation de base entravent le développement et l’accès à l’enseignement supérieur.

De surcroît, le choix de la Coopération belge au développement de concentrer ses efforts et ses budgets sur l’enseignement supérieur n’est pas complètement en ligne avec son discours officiel fondé sur les OMD. Une coopération au développement basée sur les OMD se doit d’accorder plus d’attention à l’enseignement primaire, sans pour autant négliger les autres niveaux éducatifs.

Dans notre plaidoyer pour l’éducation primaire de qualité, nous demandons à la Coopération belge au développement d’investir davantage de budget dans l’enseignement maternel et primaire. L’Unesco a fait le calcul : si tous les bailleurs de fonds consacraient la moitié de leur budget enseignement à l’éducation de base, 1,7 milliard de dollars supplémentaires pourrait y être alloué. La Belgique peut aider à faire la différence.

Campagne pour une éducation primaire de qualité dans la Coopération au développement. Signez la pétition sur : www.planbelgique.be (*) Selon la Direction de la coopération pour le développement (DCD-CAD), l’éducation de base comprend l’éducation maternelle, primaire et les compétences de base pour jeunes et adultes.

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