Opinions
Une chronique de Christophe Ginisty. 

Rupture, autorité, perfectionnisme, jubilation : ces quatre attributs de communication peuvent-ils aider à faire accepter les réformes ?

Le week-end dernier a marqué le premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron. Si le principal intéressé a refusé que l’événement soit célébré, il est néanmoins intéressant pour les commentateurs de profiter de cette date pour tenter de dégager quelques enseignements. Et si les effets d’une politique peuvent difficilement être appréciés avant quelques années, il en est tout autrement de la communication qui illustre la volonté de faire, qui est la science du message et de la conviction, qui en dit long sur le style de gouvernance mais également sur la relation avec les citoyens, leur niveau d’acceptation et de confiance.

Du point de vue de la communication, la première année d’Emmanuel Macron pourrait se résumer à quatre mots : rupture, autorité, perfectionnisme, jubilation. La rupture, c’est le premier et le plus évident attribut de la "marque" Macron. En quelques mois, le nouveau président a ringardisé ses prédécesseurs en changeant les codes et notamment ceux de la communication. Finie l’interview du 14 juillet, finie l’omniprésence fébrile, finie l’improvisation, finies les messes médiatiques sur TF1 qui s’accorderaient peu ou mal à "la complexité de sa pensée", finie la peopolisation orchestrée… Le Président s’est voulu président cool mais rare et infiniment solennel. Il a imposé ses règles jusqu’au choix totalement inédit des journalistes invités à l’interviewer.

L’autorité est l’autre attribut saillant de sa gouvernance. Partant du principe démocratique élémentaire qu’il a été élu pour exécuter un programme et du constat que la France n’avait pas pu être réformée en profondeur par ses prédécesseurs, il a fait acte d’autorité - certains diraient d’autoritarisme - tout au long de l’année : pour passer la réforme du Code du travail par ordonnances, pour décider de la réforme de la SNCF, pour engager la moralisation de la vie politique mais également pour tenter de régler la question des réfugiés et autres demandeurs d’asile. C’est simple, opposants et partenaires sociaux sont en apnée, sidérés par l’absence de dialogue dans un pays qui a une longue tradition de concertation.

Dans un climat social tendu où l’opposition est encore en salle de réveil, le perfectionnisme d’Emmanuel Macron est sans doute sa meilleure arme de défense. Que l’on soutienne ou non sa politique, on est obligé de se rendre à l’évidence : il maîtrise ses sujets sur le bout des doigts. Il en a donné la démonstration spectaculaire tout au long des deux heures d’interview face à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel. Cet art consommé de la communication en mode "Premier de la classe" est un élément indéniable de réassurance de l’opinion qui permet à sa côte de popularité de demeurer à un niveau supérieur à ses deux prédécesseurs à l’issue de leur première année. Que les citoyens l’aiment ou ne l’aiment pas, il inspire une certaine forme de confiance du fait même que l’on ressent qu’il sait ce qu’il fait.

La jubilation est, selon moi, le dernier élément permettant de qualifier son année sous l’angle de la communication et celle-ci ressort essentiellement de ses relations internationales. Dans ses embrassades à la limite du grotesque avec Trump ou dans tous ses autres voyages officiels, le public assiste au spectacle d’un dirigeant quasi hilare qui ne boude pas le plaisir d’aller à chaque fois porter une nouvelle image de la France, qui est sûr de la fascination teintée de curiosité qu’il exerce sur les populations locales, qui joue de son charme et en joue à l’extrême.

Rupture, autorité, perfectionnisme, jubilation… Ces quatre attributs de communication peuvent-ils l’aider à faire accepter ses réformes ? Pas sûr, car ces termes dépeignent un hyper-président qui ne laisse que peu de place à ses ministres, à commencer par le premier d’entre eux, étouffés par la machine Macron. Et c’est là que se situe le défi des prochains mois : doper son équipe gouvernementale pour qu’elle puisse exister et gérer le pays comme elle en a la mission.