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Ancien délégué syndical de la Général de Banque. Administrateur de la fondation André Rostenne

Si j'avais été roi ou premier ministre, André Rostenne aurait reçu les plus hauts titres de noblesse, tant pour les services qu'il a rendus au pays que pour les qualités et valeurs qu'il a incarnées tout au long de sa vie. Mais je ne suis ni roi ni premier ministre.

Je ne suis qu'un ancien membre du personnel et délégué syndical de la Générale de Banque qu'André Rostenne a présidée de 1977 à 1980 après avoir dirigé les relations sociales durant de longues années. Cela ne nous a pas empêchés de nouer une profonde amitié depuis près de tente ans.

J'ai été témoin de l'affection qu'il portait à toute sa famille, à son épouse Renée, à son fils Jean et à son frère Jean qui l'ont précédé dans la mort, ainsi qu'à ses autres enfants, petits-enfants et leurs conjoints et son arrière-petite-fille. J'ai découvert aussi l'amour qu'il portait aux plus faibles d'entre nous.Les pauvres, les sans-abri et les handicapés étaient devenus ses amis. Il aimait les enfants, surtout les plus démunis et c'est pour eux et pour les sans-abri qu'il a créé une fondation pour leur venir en aide, même après sa mort.

Lorsqu'il était administrateur et puis patron de la plus grande banque du pays, il a été l'acteur clef du progrès social qu'ont connu les employés, ouvriers et cadres du secteur bancaire entre 60 et 80.

Mes amies et amis syndicalistes retraités, tels que Anne-Marie, Arlette, Auguste, Etienne, Françoise, Guy, Jean-Claude, Jean-Marie, René et Robert et moi étions unanimes pour lui décerner le titre de membre d'honneur de la CSC.

Pour nous, André Rostenne était un homme de dialogue, respectueux de chaque interlocuteur, tout en incarnant une autorité morale incontestée. Cette autorité, il l'avait déjà exercée durant la guerre où il avait dirigé trois services secrets de la résistance.

Il a toujours fui les honneurs, malgré les hautes charges qu'il a assumées pendant et après la guerre, dans le monde bancaire et économique, à la "Libre Belgique", à IBA ainsi qu'à l'université de Louvain où il devint membre du pouvoir organisateur à la demande du Cardinal et de son grand ami André Oleffe.

Il m'a confié qu'à 18 ans, après sa rhéto, il voulait devenir jésuite. Mais les jésuites n'ont pas voulu de lui car sa santé était trop fragile. Pour eux, André Rostenne devait mourir jeune.

C'est vrai qu'à 95 ans, il était toujours jeune, même si ce 23 décembre dernier, il nous disait : "Je crois que je deviens vieux !" Il était resté jeune de coeur, jeune du regard qu'il portait sur les gens et sur la beauté de la nature. Il avait une âme d'artiste. A 92 ans, il peignait une dernière aquarelle représentant le bas du Sablon, qu'il a offerte à ses amis du restaurant "Aux Bons Enfants". Les aquarelles qu'il peignait et offrait en signe d'amitié sont jalousement gardées par ses nombreux amis. Je garde aussi précieusement la reproduction de sa première sculpture faite à l'âge de 12 ans et représentant le visage du Christ.

Il aimait le Sablon et la rue des Minimes. Depuis qu'il y habitait, nous déjeunions deux fois par semaine, soit chez Richard, soit aux "Bons Enfants", où sa compagnie était très appréciée.

Homme de dialogue, homme de foi et de prière, homme de partage, il aimait participer régulièrement à l'Eucharistie en l'église du Sablon ou des Minimes sans oublier les pauvres qui l'attendaient devant la porte.

Il était fort préoccupé par l'évolution de l'Eglise qui l'inquiétait à cause de ses richesses, son élitisme et une certaine intolérance. Il y a 10 ans environ, lors de son dernier voyage à Rome, il a rencontré le cardinal Ratzinger pour lui exprimer son désarroi de voir que les pauvres n'avaient guère leur place dans l'Eglise. Le cardinal lui a rétorqué qu'il y avait des pauvres dans l'Eglise. André Rostenne lui a répondu : "Peut-être, mais chez nous à Bruxelles, les pauvres sont et restent devant la porte des églises."

Voilà le témoignage que j'aurais voulu exprimer à tous ses amis venus lui rendre un dernier hommage en l'église du Sablon ce mardi 9 janvier.

Pour tous ceux qui l'ont bien connu, André Rostenne était un homme de coeur. Il est et restera non seulement un ami, mais un témoin de l'Evangile et de l'Amour de Dieu pour l'Humanité.