Opinions Une opinion du collectif United Stages des arts de la scène (voir la liste des signataires au bas de cet article)

Nous ne pouvons tolérer ces méthodes, nous ne devons pas vivre dans la peur. Que peut la culture ? Agir en gardienne de notre démocratie.


Le vendredi 9 février, une vingtaine d’agents de la police fédérale a envahi Globe Aroma, centre artistique bruxellois qui accueille depuis quinze ans des primo arrivants-artistes. Ils ont procédé à des arrestations. Aujourd’hui on profite donc d’événements culturels rassemblant des artistes qui tentent simplement de partager leur art pour procéder à des contrôles et des arrestations. L’état policier se faufile partout, ce jour, dans les lieux culturels, demain à nos domiciles puisque c’est le scénario que certains d’entre eux tentent d’écrire. Demain le développement d’une certaine politique qui étend son influence néfaste par contagion et atteint l’ensemble des partis démocratiques qui laissent trop faire. Demain la fin de nos libertés ?

Que peut encore la culture ?

Nous ne pouvons tolérer ces méthodes, nous ne devons pas vivre dans la peur. Cette maltraitance de l’Etat vis-à-vis de personnes immigrées pourtant déjà fragilisées, cet irrespect du travail de terrain des associations sociales, humanitaires et culturelles est un scandale. Si un lieu culturel est aujourd’hui bafoué de la sorte, lieu libertaire par essence, cela ne fait que confirmer cette tendance. Nos missions deviennent obsolètes et c’est notre raison d’être qui est ici attaquée et remise en question. Nous sommes placés dans cette impuissance de défendre la liberté et la dignité de tout être humain.

Et si ce fondement est aujourd’hui mis en doute, c’est tout un secteur qui doit se soulever et s’y opposer, voire se révolter ! Nous ne comptons pas demander les papiers d’identités des personnes qui franchissent nos murs, nous ne participerons pas à cette infamie. Chaque personne a son identité et nous sommes prêts à la découvrir. Chez nous, seuls le talent et le désir de rencontre et d’échange sont les passeports qui ouvrent à l’accueil et à la légitimité du sol.

Parce que notre politique migratoire est inadaptée et inhumaine, un mouvement solidaire sans précédent s’est installé dans notre pays, des milliers de citoyens sont connectés et s’organisent pour venir en aide aux sans-abris, aux réfugiés, aux sans-papiers.

Car, hélas, les exclus sont très nombreux dans notre beau pays. Et plutôt que de les entendre et d’améliorer leurs conditions de vie, l’orientation politique adoptée est une posture répressive et un comportement autoritaire. Pourtant, ces gens ne sont pas des criminels. Leur seul délit est ici d’ordre administratif.

Peut-on accepter ce genre de razzia, peut-on admettre cette violation d’un lieu hautement pacifiste, un territoire qui prône le vivre ensemble et rejoint, en ce sens, l’immense mouvement de solidarité qui s’est mis en place ? Car que demande-t-on exactement aux acteurs culturels ? D’un côté de travailler à la cohésion sociale et de l’autre de tolérer que ces personnes qui bénéficient de leurs activités soient menacées à chaque instant d’une potentielle réclusion ? Rendre légitime ce type d’action c’est détruire durablement ce long travail de mise en confiance que les organisations socio-culturelles établissent au quotidien.

Nous ne pouvons laisser faire, ni laisser dire ou laisser croire, comme aux époques les plus noires de l’histoire de notre humanité, que notre sécurité sociale ou même notre accès au travail soit menacé à cause d’une minorité migrante. Cette idée nauséabonde est l’apanage de politiques extrêmes qui adoptent le langage de la stigmatisation et refoulent sans honte. Soyons dans la résistance, refusons cette simplification de notre monde complexe. L’hospitalité n’est pas une valeur dangereuse, au contraire, elle fédère. Or, simplifier le monde, vouloir l’ordonner, c’est le fracturer, le diviser, le chosifier, alors que notre seul horizon doit rester l’humain.


Que peut la culture aujourd’hui ?

Beaucoup si on la laisse faire son travail, si on lui donne de vrais moyens, si on cesse d’amoindrir son rôle ou de l’infantiliser. Nous sommes des citoyens à part entière et nous agirons en gardiens de notre démocratie puisqu’il le faut !


Les signataires: Astrid Van Impe (Le 140) , Alterbrussels, Jean-Michel Van Den Eeyden (L’Ancre Charleroi), les Baladins du miroir, Monica Gomes et Morgan Brunea (la Balsamine), Mylène Lauzon (la Bellone), le Boson, Patrick Bonté et Caroline de Poorter (les Brigittines), Pierre Gilles (Centre culturel Action-Sud), Piet Maris (Choux de Bruxelles Artist Collectives), la Cité miroir de Liège, Baptiste De Reymaeker (coordinateur de Culture & Démocratie asbl), l’Escale du Nord, Wim Kennis en Leen Rossignol (De Kriekelaar vzw), Jacques-Yves Le Docte (la Maison de la création – Centre Culturel Bruxelles Nord), Philippe Degeneffe (Mars – Mons Arts de la Scène), le Met-x Movingmusic, Mélanie Godin (les Midis de la poésie), Ilke Froyen et Adrienne Nizet (Passa Porta), Michael Delaunoy (le Rideau de Bruxelles), Théâtre des 4 mains, Noemi Palomo Diaz (Centro Galego de Bruxelas ASBL La Tentation), Cali Kroonen (Théâtre La montagne magique), Isabelle Pousseur (Théâtre Océan Nord), Sylvie Somen (Théâtre Varia), Peggy Thomas ( Théâtre de la Vie), Pierre Dherte (Union des artistes), Virginie Cordier (la Vénerie - centre culturel de Watermael-Boitsfort) et Matteo Segers, Directeur de l’ACC – 117 centres culturels reconnus en fédération Wallonie-Bruxelles