Opinions Une opinion de Luc Bontemps, administrateur-délégué de la fédération automobile Febiac.

Donnons-lui sa chance dans un plan de mobilité élargi. En misant sur la comodalité. Le bus, le train, le métro doivent venir compléter les moyens de transport individuels tels que la voiture, la moto ou le vélo.


L’ouverture du Salon de l’Auto relance le débat sur le rôle de l’automobile au niveau de notre mobilité. La voiture est considérée par beaucoup comme l’unique cause de l’engorgement de nos routes. Pourtant, la solution se trouve dans la comodalité, à savoir l’harmonisation et la promotion des différents moyens de transport : les transports publics, le vélo, les véhicules partagés et évidemment la voiture. Mais, pour y parvenir, il nous faut une meilleure infrastructure ainsi qu’un plan de mobilité bien huilé, incluant la voiture.

Doigt accusateur

Nombreux sont ceux qui ne peuvent se passer de leur voiture, étant donné qu’il n’existe pas suffisamment de bonnes alternatives : prenons les trains, par exemple, qui ne sont pas toujours à l’heure ou les bus qui ne desservent pas toutes les régions régulièrement, sans oublier le manque d’incitants au télétravail, l’absence de places de stationnement gratuites autour des arrêts de bus ou de tram… Aussi, nous retrouvons-nous tous les jours dans les embouteillages pour arriver au boulot. Et les embouteillages nous poussent à pointer d’un doigt accusateur la voiture comme seule responsable. Se développe alors un sentiment de culpabilité, et la boucle est bouclée. Un véritable cercle vicieux.

Néanmoins, force est de constater que notre croissance économique dépend encore fortement actuellement du transport routier, que ce soit en voiture ou en camion. L’ignorer ne nous permettra pas de trouver une solution aux problèmes actuels de mobilité.

Pas évident l’électrique

En outre, critiquer l’industrie automobile ne fait qu’inquiéter le consommateur. Récemment, un ami avait décidé d’acheter une voiture électrique. Mais en raison de l’incertitude régnante quant à l’évolution et aux innovations dans le secteur automobile, comme par exemple la récente étude américaine selon laquelle les voitures électriques ne sont pas plus respectueuses de l’environnement que les autres voitures traditionnelles et vu le manque de bornes de rechargement, il s’est résigné et s’est rabattu sur un choix plus traditionnel : essence ou diesel. Ses intentions de contribuer à un environnement plus durable en optant pour un véhicule électrique n’ont pas été valorisées.

C’est dommage car si nous ne parvenons pas à convaincre les citoyens, nous ne parviendrons jamais à accélérer le changement de mentalité. C’est un effet pervers lié au doigt accusateur pointé sur la voiture. Au lieu de crier haut et fort qu’il faut laisser la voiture au garage, ce qui de toute façon n’est pas (encore) possible, nous devons encourager chaque effort, aussi petit soit-il. La nouvelle génération de véhicules automobiles contribue effectivement à une mobilité plus favorable et plus propre. Au cours de ces dix dernières années, les émissions de CO2 des nouveaux véhicules, pour ne citer qu’elles, ont diminué de plus de 25 % !


© olivier poppe


Pas de plan de mobilité

Le fait que nous nous retrouvons tous encore tous les jours dans des embouteillages résulte principalement de l’absence d’un plan de mobilité clair et précis. Aujourd’hui, les différents moyens de locomotion se font concurrence. Aussi, les consommateurs ne s’y retrouvent-ils plus. Nous devons absolument miser sur la comodalité. Le bus, le train, le métro doivent venir compléter les moyens de transport individuels tels que la voiture, la moto ou le vélo. La solution n’est pas de stigmatiser la voiture mais d’harmoniser les différents moyens de locomotion, à savoir, le bus, le train, le tram, la voiture et le vélo. Il faut encourager la comodalité en simplifiant les démarches administratives et en proposant des avantages fiscaux.

Réussir la comodalité

La comodalité ne réussira que si nous misons sur les atouts propres à chaque moyen de locomotion et les développons au lieu de nous limiter à renvoyer les navetteurs vers de simples alternatives de transport. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons obtenir une solution acceptable et fiable aux problèmes des embouteillages et que nous pourrons provoquer un changement de mentalité chez les consommateurs. Dans cette optique, nous avons sciemment prévu de lancer une nouvelle plateforme dans le cadre du Salon de l’Auto : #WeAreMobility. Les visiteurs pourront ainsi découvrir les nouvelles possibilités de mobilité urbaine, ce qui est primordial. En effet, la technologie peut nous aider à progresser. L’intercommunication entre les véhicules peut améliorer la fluidité de la circulation. La technologie peut également nous aider à mieux planifier nos déplacements. Puis-je prendre le bus ? Est-il possible d’utiliser une voiture partagée ? Existe-t-il une plateforme pour les vélos partagés ? Plus les solutions seront à portée de main, plus nous serons enclins à opter pour la multiplicité des moyens de locomotion.

Pour résoudre les problèmes de mobilité, au lieu de stigmatiser la voiture, nous devons lui donner la possibilité de trouver sa place dans le cadre d’une approche globale de la mobilité. L’être humain est un être à part entière avec des besoins individuels et aux comportements de moins en moins routiniers et prévisibles. Aussi est-il temps de nous pencher sur la mobilité, compte tenu des besoins de chaque individu en termes de moyens de locomotion, quels qu’ils soient, y compris la voiture.