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ÉDITORIAL

Droit à la dignité et devoir d'informer

JEAN-PAUL MARTHOZ

Mis en ligne le 24/03/2003

Fallait-il montrer les images des prisonniers américains en Irak? La majorité de la presse européenne a choisi de les diffuser. Juridiquement, le choix n'était pas simple car l'article 13 de la 3e Convention de Genève impose de protéger les prisonniers «contre les insultes et la curiosité publique». Et les juristes diffèrent sur ce qu'il faut entendre par «curiosité publique».

L'éthique journalistique a une obligation d'humanité et c'est pour cette raison que beaucoup de médias ont cherché à traiter avec une certaine retenue les images des prisonniers, à réconcilier l'information et le droit. Elle n'est pas non plus à géométrie variable. Le choix des chaînes américaines a été dans ce contexte plus politique qu'éthique: elles ont presque toutes obtempéré à la demande formulée par Donald Rumsfeld de ne pas diffuser alors que, la veille, elles avaient montré, sans états d'âme particuliers, des images, il est vrai plus sobres, de prisonniers irakiens.

Dans ce débat sur les risques d'une exposition publique des prisonniers de guerre, l'éthique journalistique doit aussi réaffirmer son devoir d'informer.

Or, l'information n'a pas grand-chose à voir avec les images filtrées, délayées, montées, que nous transmettent des journalistes «incrustés» au sein d'unités combattantes ou tapis à Bagdad. L'information de guerre, c'est la violence, la peur, le chaos, la détresse. C'est Robert Capa et le soldat fauché par une balle lors de la guerre civile d'Espagne; c'est Larry Burroughs et la terreur des G.Is au Vietnam. Dans une certaine mesure, le reportage de guerre est un engagement de vérité à l'égard des combattants. C'est en montrant le sang, les sueurs et les larmes, que l'on respecte leur tragédie.

Ne pas chercher ces images ou s'abstenir de les diffuser reviendrait à enfreindre le serment journalistique le plus fondamental, qui est de donner de la réalité de la guerre la représentation la plus juste et la plus complète possible. Dans le même temps et avec tout autant de force, la volonté de préserver la dignité des victimes et le souci de ne pas brutaliser le public par des images d'une violence indécente constituent les indispensables garde-fous du devoir d'informer.

© La Libre Belgique 2003

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