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ÉDITORIAL
Fautes de goût
JEAN-PAUL DUCHÂTEAU
Mis en ligne le 02/03/2004
Le procès d'Arlon a débuté hier, et il doit durer au moins huit à dix semaines. N'était le caractère éminemment dramatique des événements qu'il doit évoquer, on pourrait d'ores et déjà parler d'«overdose» médiatique. Les réactions se multiplient pour dénoncer la surexposition de ce procès, et parfois la vacuité de certaines interviews et autres évocations qui l'ont précédé depuis plusieurs semaines, avec un point d'orgue quasiment nauséeux ce dernier week-end et au soir de la première audience.
Il est difficile - nous pouvons en témoigner - de trouver la juste mesure entre un nécessaire devoir d'information permettant une analyse pertinente de ce qui se passera (et ne se passera pas) à Arlon, et une sorte de «service minimum» qui pourrait en revanche être perçu comme de l'indifférence, voire de l'inhumanité. Nous avions, pour notre part, pris la décision de ne pas utiliser tels quels les PV d'auditions et autres photos de reconstitutions contenus dans les DVD d'instruction pour nous en tenir à une sobre mais complète remise en contexte. Beaucoup de lecteurs nous ont dit qu'ils nous en savaient gré. Certains médias ont suivi la même ligne de crête, d'autres ont jugé nécessaire - en conscience, on le suppose - d'aller au-delà.
Cela n'a pas empêché, ni pour les uns ni pour les autres, de paraître tous concourir à un ramdam collectif qui provoque ces dernières heures une indigestion dans une partie de l'opinion. D'autant plus que se sont glissées, ici et là, des erreurs de ton qui confinent parfois à la faute de goût. Ainsi, ces émissions spéciales en TV et en radio qui paraissent parfois dans l'effervescence ne pas faire la différence entre le début d'un procès hautement délicat et la préparation d'un match de football, avec des supputations triviales sur les tactiques que déploieront les uns et les autres dans les heures et jours à suivre.
Une faute de goût, nous en avons sans doute commis une, nous aussi. Plusieurs lecteurs se sont émus de voir notre «Une» de lundi occupée en grande partie par la photo d'un accusé alors qu'ils auraient préféré y trouver celle des petites victimes, et en tout cas un document moins visuellement agressif. Nous le concédons: un choix plus sobre, ici aussi, eût été possible.
© La Libre Belgique 2004
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