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face-à-face
Le point de vue de Michel Huart
Mis en ligne le 01/02/2007
Secrétaire général de l'APERe asbl, facilitateur éolien pour la Région wallonne
Face aux défis climatiques, les gouvernements engagés par le Protocole de Kyoto ont la responsabilité de mettre en oeuvre des politiques capables de réduire nos émissions de gaz à effet de serre : maîtrise de la demande d'énergie, utilisation rationnelle de l'énergie, soutien aux énergies de sources renouvelables. Ces différentes politiques doivent être menées conjointement si l'on veut obtenir des résultats environnementaux tangibles.
Dans ce contexte, l'essor du secteur éolien en Europe représente une véritable bouffée d'air frais. Cette technologie propre connaît des taux de croissance impressionnants. Le parc éolien européen affiche un bilan environnemental considérable : 31,7 milliards de tonnes de CO2 évités en 2005(1) . Et le développement des projets offshore devrait démultiplier ce gain écologique. Malgré ces chiffres, des voix, en Belgique, mettent en doute l'efficacité environnementale des éoliennes, pourtant reconnue par tous les pays engagés dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Voici les réponses données par le Facilitateur éolien :
Une réduction du recours aux énergies fossiles.
Lorsque le vent souffle, l'éolien permet aux centrales conventionnelles polluantes (gaz, charbon,...) de réduire leur consommation de combustibles fossiles et par conséquent diminuer les émissions de CO2. L'absence de vent n'implique pas le redémarrage de centrales polluantes : il signifie un simple retour à la situation de base. Gardons à l'esprit qu'en l'absence d'éoliennes, ces centrales fonctionneraient à pleine puissance, délivrant leur quota maximum de CO2 !
Ici ou ailleurs.
La répartition du vent n'est pas uniforme sur l'ensemble du territoire. S'il diminue quelque part, l'impact global sera réduit dès lors qu'il soufflera toujours ailleurs. D'où l'intérêt d'une répartition des éoliennes sur l'ensemble des territoires reliés par des réseaux électriques. Ce phénomène - appelé "effet de foisonnement" - permet de bénéficier en permanence de cette source d'énergie. Ceci est d'autant plus vrai au sein d'un réseau électrique européen fortement interconnecté. La production d'électricité de source éolienne est lissée à l'échelle européenne car des masses d'air sont - et seront toujours - en déplacement au-dessus de notre continent, indépendamment des fluctuations locales de vent.
Une production variable et intégrée.
Une source d'énergie est dite intermittente lorsque la production est sujette à des interruptions périodiques. Si l'éolien est une technologie à production variable, il est incorrect de la considérer comme intermittente. La production éolienne n'est, en effet, jamais totalement interrompue du fait de "l'effet de foisonnement" décrit plus haut.
Or, cette variabilité n'est pas un problème en soi. Les gestionnaires de réseaux électriques - en Belgique comme ailleurs - gèrent déjà en permanence les variations de la consommation et de la production d'électricité. Les industries et les ménages consomment chaque jour des quantités variables d'électricité tandis que différentes sources de production varient également selon les conditions climatiques(2) . L'éolien s'ajoute donc simplement aux fluctuations existantes sur le réseau.
Ces variations sont anticipées et intégrées quotidiennement par les gestionnaires de réseaux grâce à des analyses météorologiques de plus en plus précises et, le Jour J, la compensation en temps réel des différences observées. Celle-ci est réalisée au moyen des centrales de suivi de charge ou centrales "modulantes", lesquelles voient simplement leur production s'adapter. Notons que la compensation peut aussi être réalisée à travers des diminutions volontaires et ponctuelles de la consommation de certains opérateurs préalablement identifiés par les gestionnaires de réseaux dans le cadre des plans de compensation.
Le réseau est aujourd'hui capable de réagir à la mise hors service d'une centrale à charbon de 500 MW ou à l'arrêt - accidentel ou intentionnel - d'un réacteur nucléaire de 1 000 MW. Et s'adapte sans peine aux variations progressives des turbines éoliennes de 2 MW.
Vers un réseau européen décarbonisé ?
L'Agence internationale de l'énergie, peu suspecte de partialité, a publié début 2005 un rapport dont les conclusions sont claires : les réseaux européens disposent des capacités pour absorber les potentiels éoliens(3) . Les contraintes ne sont pas techniques mais bien institutionnelles et économiques. Pour valoriser cette puissante source d'énergie, les Etats européens doivent donc avant tout moderniser leurs réseaux électriques et augmenter les capacités transfrontalières.
Les expériences européennes démontrent, par ailleurs, que les réseaux électriques modernisés sont capables d'intégrer jusqu'à 20 pc d'électricité de source éolienne(4) . La Belgique vise un objectif de 3 pc en 2010. Un objectif modeste en regard des records allemand (4 pc), espagnol (6 pc) ou danois (20 pc)(5).
De toute évidence, il est crucial de recadrer la discussion sur les vrais défis : avec une dépendance de plus de 97 pc vis-à-vis des énergies fossiles et nucléaires, importées et polluantes, la Belgique se doit de mettre en oeuvre les moyens pour développer son potentiel renouvelable - dont l'éolien - et s'intégrer dans un réseau européen, sécurisé, largement décarbonisé et économiquement efficace.
(1) EurObserv'ER, publié par Système solaire, février 2006.
(2) Une centrale au gaz, par exemple, voit sa production significativement influencée par la température extérieure et une centrale hydroélectrique par le niveau de pluviométrie.
(3) "Variability of wind power and other renewables - Management options and strategies" disponible sur www.iea.org
(4) Voir le rapport publié ce 15 décembre 2005 par l'Association européenne de l'énergie éolienne (EWEA), "Large-scale integration of wind energy in electricity systems, new industry study released - Distortions and institutional deficiencies in European electricity markets are main barriers" disponible sur www.ewea.org
(5) L'exemple du Danemark est souvent utilisé par les opposants à l'éolien, ce pays étant également un des plus grands émetteurs de CO2 d'Europe. Le développement éolien du Danemark a justement été motivé par la volonté de diminuer les gaz à effet de serre émanant d'un mode d'approvisionnement énergétique historiquement basé sur le charbon et les énergies fossiles. L'éolien a précisément limité l'impact négatif de ces centrales à charbon.
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