La Libre.be > Débats > Opinions > Article
Un nouvel âge de la sécurité?
PAR MICHEL LIÉGEOIS (*)
Mis en ligne le 13/09/2001
OPINION
Si tant est qu'il soit opportun de pratiquer l'ironie face à une catastrophe de cette ampleur, les premiers commentateurs de la vague d'attentats qui a frappé les Etats-Unis n'ont pas manqué de relever que l'agression intervenait au moment même où l'administration Bush lançait son projet de bouclier antimissiles. L'ironie est d'autant plus déplacée que, en réalité, les événements du 11 septembre valident l'analyse américaine selon laquelle la dissuasion nucléaire ne permet plus de protéger le territoire américain vis-à-vis des nouvelles menaces. Frappée au coeur de ses intérêts vitaux, la première puissance mondiale est confrontée à une nouvelle forme d'agression qui, aussi abominable soit-elle, ne relève ni de la guerre ni du terrorisme. Il ne s'agit pas d'actes de guerre. Cette dernière suppose, en effet, l'affrontement de forces armées organisées et orientées vers des objectifs précis. Il ne s'agit pas davantage de terrorisme qui, lui, vise à engranger les dividendes politiques - concession, reconnaissance, notoriété - d'actions dont l'efficacité réside dans leurs retombées psychologiques plutôt que dans leurs effets proprement matériels. En l'espèce, il est bien difficile d'apercevoir la cause qui trouverait un avantage quelconque à revendiquer de tels actes. Les organisations actives dans le terrorisme international se sont d'ailleurs empressées de démentir toute implication dans l'attaque contre les Etats-Unis.
Ces événements témoignent d'une évolution stratégique identifiée depuis plusieurs années déjà: l'outil militaire n'assure plus, désormais, la sécurité des États que sur un segment relativement étroit dans l'éventail des menaces potentielles. Il y a longtemps que la distinction entre les notions de sécurité et de défense avait mis ce fait en évidence mais les États occidentaux étaient loin d'en avoir traduit toutes les implications sous la forme de décisions politiques.
Aujourd'hui, la sécurité nationale se joue souvent loin du territoire des États. Pourtant, la résolution des conflits (Proche-Orient, Balkans, Chypre,...) a trop souvent été subordonnée à d'autres considérations et laissée au second plan des priorités. Ce sont pourtant ces conflits irrésolus, générateurs de désespoirs, de haines et de ressentiments de toutes sortes qui forment le terreau des principales menaces qui, aujourd'hui, planent sur les pays Occidentaux. A-t-on bien compris que les efforts de la diplomatie européenne en Macédoine, au Proche-Orient et à la conférence de Durban font pleinement partie d'une politique de sécurité? Est-on conscient que les résultats obtenus à Skopje ou à la conférence sur le racisme contribuent davantage à la sécurité des Européens que les laborieux efforts visant à doter l'Union d'une capacité militaire propre?
Bien sûr, les mois qui viennent verront Américains et Européens unis contre le terrorisme. Qui pourra toutefois prétendre pouvoir empêcher que ces agressions d'un type nouveau - et dont les attentats du 11 septembre ne représentent qu'une des multiples modalités potentielles - frappent à nouveau les territoires des démocraties développées? Un renforcement des mesures de sécurité dans le domaine du transport aérien s'impose mais quelles mesures pourraient garantir une sécurité absolue lorsque le trafic aérien enregistre quotidiennement 40 000 mouvements aux États-Unis et 25 000 en Europe? «Echelon», le réseau de surveillance américain n'a pas pu prévenir le drame. Va-t-on vers son amplification et son extension, au risque de voir les libertés constitutives de nos démocraties remises en question au nom de la sécurité? Il n'est pas du tout certain que les sensibilités américaine et européenne puissent s'accorder facilement sur la voie la plus opportune pour surmonter ce dilemme.
La question de la riposte constituera à n'en pas douter une autre source de débat. Il est peu probable que Washington se concerte avec ses alliés à propos de celle-ci. D'abord, parce que l'ampleur des pertes subies et le caractère symbolique des cibles visées par les agresseurs appelleront une riposte qui, elle aussi, aura inévitablement une portée symbolique que seules les autorités américaines sont à même de définir. La dissuasion ne se partage pas parce qu'elle relève tout autant de la psychologie que du rapport de force matériel. Et c'est bien le caractère dissuasif de la puissance américaine qui sera en jeu lorsque viendra l'heure de la riposte. Bien qu'aujourd'hui, Européens et Américains communient dans un même deuil, on peut s'attendre à voir les intérêts européens et américains diverger assez fortement à moyen terme. On voit mal, en effet, comment le Président Bush pourrait, une fois les agresseurs identifiés, riposter autrement que par une démonstration spectaculaire de la puissance militaire américaine. Ce faisant, toutefois, Washington irait inévitablement à l'encontre d'une diplomatie européenne en plein développement mais articulée, quant à elle, autour de principes directeurs d'une tout autre nature: le dialogue, le règlement pacifique des conflits et la promotion du développement par l'intégration des économies.
(*) Chargé de cours sur les questions stratégiques à l'U.C.L. Membre du Centre d'étude sur les crises et les conflits internationaux (CECRI-UCL).
© La Libre Belgique 2001
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...