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POLITIQUE

Cessons de démoniser Leterme. Créons un vrai projet francophone!

Jean-Yves Huwart

Mis en ligne le 02/08/2007

A force de donner à Yves Leterme les cornes du diable, l’opinion publique francophone est aujourd’hui convaincue de sa nature démoniaque. Il est devenu très difficile aujourd’hui de tenter un discours différent. Gare à celui, en Wallonie, qui ose prendre la défense de Leterme. Par Jean-Yves Huwart (son blog), auteur de l'ouvrage "Le second déclin de la Wallonie" aux éditions Racines.
A force de donner à Yves Leterme les cornes du diable, l’opinion publique francophone est aujourd’hui convaincue de sa nature démoniaque. Il est devenu très difficile aujourd’hui de tenter un discours différent. Gare à celui, en Wallonie, qui ose prendre la défense de Leterme. Attention, “il faut se méfier”, “cet homme est dangereux”, “sinon, le confédéralisme guette”, etc…

En fait, voila près de quarante ans déjà que la Belgique fonctionne comme une confédération. Depuis la séparation des partis politiques en deux ailes communautaires autonomes ! Pourquoi certains s’aveuglent-ils encore à nier cette situation?

Les Belges francophones gardent, c’est vrai, un attachement sentimental à la Belgique plus fort qu’en Flandre. En grattant un peu les discours, néanmoins, la vraie crainte qui émerge des positions fancophones vient de la perte éventuelle de ressources financières. La Wallonie et Bruxelles ne peuvent à ce jour se permettre de perdre un quart de leurs recettes dans l’arrêt des transferts nord-sud. Ce serait rendre le contexte économique intenable. Ce serait tuer les chances des deux Régions de redresser rapidement leurs économies. Cela, les Flamands le savent. Ils n’y ont pas intérêt.

Un certain nombre d’éditorialistes et de responsables politiques flamands ne se privent pas de flageller le sud du pays. Ils estiment que ce dernier ralenti le train du développement flamand. Mais, faut-il encore le rappeller, la majorité des Flamands ne sont pas séparatistes.

Il reste que, par leurs erreurs, leur manque d’entrain à tirer l’économie de l’ornière, à réduire le chômage en Wallonie et à Bruxelles, les dirigeants politiques francophones ont permis au discours autonomiste de prospérer davantage ces dernières années en Flandre, même dans les rangs les plus modérés. Il est trop tard pour revenir en arrière. Le mal est fait. Tant que l’opinion publique francophone n’intégrera pas cette réalité, elle ne comprendra pas pourquoi la Flandre tient à ce point à obtenir davantage de leviers pour se gérer toute seule. Simplement, elle ne fait plus confiance à la Wallonie.

S’il est trop tard pour revenir en arrière, il est cependant encore bien temps de définir un nouveau projet de vie commune pour les Francophones et les Néerlandophones au sein de la Belgique fédérale. Il est encore temps de démontrer que les Wallons et les Bruxellois peuvent à nouveau compter parmi les meilleurs en Europe.

Ce travail doit commencer par la définition d’un projet ambitieux et décomplexé pour la Wallonie et pour Bruxelles, qui soit un peu plus que la simple préservation d’une pension alimentaire. Il nécessite aussi aujourd’hui de tailler un autre costard à Yves Leterme, qui malgré ses nombreuses maladresses et lourdeurs, ne mérite pas celui dont on l’affuble au sud du pays. Pour reprendre les mots de Dorothée Klein, rédactrice en chef du Vif-L’Express, “diaboliser Leterme ne sert pas les intérêts des Francophones. Cette diabolisation pèse sur des négociations délicates qui demandent plus de sérénité”.

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