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Chronique - LES COULEURS DU TEMPS

In't Frans, a.u.b. (vervolg)

Claude JAVEAU

Mis en ligne le 08/11/2007

Saviez-vous qu'en Belgique c'est "La Poste/De Post" qui affecte nos citoyens dans l'une ou l'autre catégorie linguistique, sans tenir compte de leur choix officiel ou leur demander leur avis ?

Chroniqueur

Il y a quatre semaines, je vous narrais l'incident qui avait consisté, dans le chef de mon épouse, à recevoir une proposition de payer une contravention au code de la route rédigée en néerlandais, une "voorstel tot onmiddelijke inning". Demande manuscrite avait alors été faite de recevoir le même document en français, langue revendiquée par l'intéressée, habitant la région bilingue de Bruxelles-Capitale.

Renseignements pris auprès de qui-de-droit, il nous fut répondu de manière fort courtoise par un haut fonctionnaire de la zone de police dont un agent avait relevé la contravention, que c'était "La Poste/De Post" qui décidait de la langue dans laquelle la demande de paiement était adressée. Voilà qui ne laisse évidemment pas de paraître surprenant. Non seulement La Poste/De Post aurait pris sur elle de faire de mon épouse une citoyenne "néerlandophone" (comme on dit avec quelque abus, n'en déplaise), mais aurait même traduit notre adresse dans l'autre langue dite nationale. Il y avait donc eu manipulation et non simple distraction, ou pénurie de documents en français.

Vous saurez donc, Mesdames, Messieurs, Dames en Heren, que c'est "La Poste/De Post" qui affecte les citoyens de notre pays dans l'une ou l'autre catégorie linguistique (à moins qu'il ne s'agisse que d'une seule ?), sans tenir compte de leur choix officiel ou leur demander leur avis.

Le même haut fonctionnaire nous a indiqué qu'il valait mieux faire suite à l'injonction d'"onmiddelijk inning", reçu une deuxième fois, et toujours en néerlandais, sous peine de voir l'amende augmentée (par décision de la Poste, sans doute ?) ou faire l'objet d'une comparution devant le tribunal de Police, auquel cas la note risquait d'être encore plus salée. Nous avons donc réglé la somme exigée (qui n'avait, je le répète, jamais été contestée), mon épouse n'ayant aucune envie de se retrouver poignets menottés devant une cour d'assises flamande, ou pire, jetée dans un cul-de-basse-fosse géré par Belgacom ou la VRT !

Ces péripéties policio-postales devraient faire sourire. Courteline, chez nous, peut avoir été cloné en Flandre. "Qui d'autre offre ses services là où ça vous arrange ?", proclame "La Poste/De Post", tout occupée à supprimer à tour de bras bureaux de poste et boîtes aux lettres, et à remplacer la moitié de ses facteurs par des "livreurs"? Je n'imaginais pas que parmi "ses services" "La Poste/De Post" comptait celui de la langue dans laquelle je devais m'adresser aux autorités politiques. Mais il se passe tant et tant de choses bizarres dans ce petit Royaume que plus rien ne devrait étonner ses habitants.

Toutefois, "sourire", en l'occurrence, ne s'impose guère. C'est qu'en matière de langue on ne badine pas dans le petit Royaume. Il a suffi de voir les braillards hurler leur haine du français et des francophones l'autre soir devant les maisons communales de certaines communes dites "à facilités". Cette haine suscite une énorme perplexité. Le "sol flamand", en essence différent à Rhode-Saint-Genèse de celui, voisin, de Waterloo (en dépit de son nom, commune wallonne dont la géologie a donc changé quand elle est passée de l'autre côté), est-il incompatible avec la langue de Voltaire et de Simenon ? Les braillards ne pouvaient qu'évoquer les auteurs d'autodafés dans l'Allemagne nouvellement conquise par les nazis, ce qui donne froid dans le dos, mais en dit aussi long sur la structuration de certains cerveaux contaminés par un nationalisme imbécile (c'est un pléonasme !) dont la liste des catastrophes qu'il a engendrés n'est plus à dresser. Cela ne donne certainement aucune envie de rire, pas plus que l'assertion selon laquelle une proportion de plus de 80 pc (de francophones, à Linkebeek notamment) constituerait, aux yeux du droit flamand, une "minorité". Faudra-t-il un jour, pour protéger cette minorité, lorsque la Belgique, selon le voeu des braillards haineux, aura éclaté, faire appel à des casques bleus pakistanais ou ghanéens ?

Parlons d'autre chose et rions un brin : dans l'édition récente d'un magazine féminin, Bernard Henri-Lévy se félicitait de voir enfin un "couple d'amoureux à l'Elysée". On admirera là son sens de l'à-propos. Quoique : sachant que les Sarkozy n'ont jamais occupé l'Élysée, de qui s'agissait-il ? Des concierges ?

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