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Fiches Philo
La substance et l'harmonie
Mis en ligne le 15/01/2008
Gottfried Wilhelm Leibniz est l'exemple même du penseur encyclopédique. Il a pratiqué toutes les disciplines scientifiques : la physique, la logique, la linguistique comparée, l'histoire, la théologie... Il invente le calcul infinitésimal en même temps que Newton. Il tente aussi de construire un langage logique universel permettant de déduire toutes les vérités : une sorte de programme informatique avant la lettre. Il fabrique l'une des premières machines à calculer, en 1694. On lui doit vingt mille courriers à plus de six cents correspondants, dont l'astronome Huygens et les philosophes Malebranche et Spinoza. Cet amoureux des livres, un temps bibliothécaire, est en outre un diplomate doué.
A vrai dire, la diplomatie est un trait de caractère de Leibniz. Il rêve de créer un Etat européen et d'unifier toutes les Eglises. En philosophie aussi, il veut tout concilier, prétendant que toutes les grandes pensées disent au fond la même chose. Contre Descartes qui voulait recommencer la philosophie à zéro, Leibniz proclame qu'il y a des pépites d'or à trouver chez les médiévaux. Bref, le philosophe puise à toutes les sources et fusionne ses innombrables connaissances en un système original.
L'une des portes d'entrée de la philosophie de Leibniz est la notion de substance. On le sait, Aristote définissait la substance comme ce qui existe par soi (par exemple : une vache), et les accidents comme ce qui existe par rapport à une substance (par exemple : blanche, pour la vache). Leibniz déduisait de cette définition que la substance est une monade (monos = unité, en grec), la plus petite unité de réalité qui soit, un "point métaphysique" absolument unique. Ainsi, aimait-il répéter, il n'existe pas deux feuilles d'arbre tout à fait semblables par leurs couleurs ou leurs nervures. Même deux jumeaux sont différents, au moins par leur histoire.
C'est que, pour définir une substance, il faut tenir compte de l'ensemble de ses accidents, c'est-à-dire de l'intégrale des événements qui lui arrivent. Comprendre l'individu Socrate, c'est savoir qu'il a bu la ciguë, qu'il avait pour disciple Platon, qu'il vivait à Athènes, qu'il était laid, que sa mère était sage-femme... Si on change un seul élément, fut-ce le nombre de ses cheveux ou la date de son mariage, on n'a plus tout à fait le même Socrate. En fait, cela va encore plus loin : la définition de Socrate englobe tous les événements qui le concernent, même le fait que vous pensez à lui en ce moment. Socrate est donc défini par la totalité de la réalité. Par conséquent, Leibniz peut à la fois affirmer qu'une monade n'est déterminée par rien d'extérieur - elle n'a ni portes ni fenêtres -, et que chaque monade résume l'ensemble du monde de son point de vue.
Il existe une infinité de monades, toutes accordées les unes aux autres par Dieu. Celui-ci est comme l'horloger de l'univers, qui a réglé toutes les monades au moment de la création. Leibniz utilise aussi l'image de l'orchestre : chaque monade est comme un musicien qui ne connaît que sa partition; l'ensemble produit pourtant une musique harmonieuse, car tous obéissent aux injonctions du chef d'orchestre, Dieu.
Cette théorie dite de l'harmonie préétablie montre bien l'optimisme de Leibniz. Dans la "Théodicée", le philosophe affirme que Dieu a créé le meilleur des mondes possibles, ce qui ne veut pas dire parfait. D'autres univers étaient possibles, mais ils auraient entraîné de plus grands maux.
Savoir Plus
POUR ALLER PLUS LOIN
Gottfried Wilhelm Leibniz, "Discours de métaphysique. Suivi de Monadologie, et d'autres textes", Gallimard (Folio n°321), 2004. Quelques-uns des textes fondamentaux de Leibniz.
Massimo Mugnai, "Leibniz. Le penseur de l'universel", Les génies de la science, n°28, août-octobre 2006. Un très bon dossier sur l'apport de Leibniz aux sciences.
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