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Controverse

Archéologues motivés, même les poches vides...

Forum pour l'archéologie en Wallonie

Mis en ligne le 25/01/2008

L'archéologie n'est que rarement pourvoyeuse de trésors. Elle est source de savoir, nourri par l'organisation de fouilles méticuleuses et par des vestiges du quotidien peu spectaculaires.

Collectif (voir la liste des signataires en bas de l'article)

Un article paru dans un journal régional namurois titrait, le mardi 15 janvier 2008 "Le service de l'archéologie est en ruine". Sous ce titre, le journaliste, relayant notamment les propos du député wallon Richard Miller, décrit une situation proche du chaos, accusant l'administration de la Région wallonne d'une efficacité proche du zéro, de gestion désastreuse, de je-m'en-foutisme et d'incurie (voir extraits de l'article dans notre encadré).

La réalité est pourtant bien différente, et il ne faut pas gratter bien longtemps pour rencontrer des hommes et des femmes épris de professionnalisme et soucieux de la sauvegarde du patrimoine archéologique malgré un manque chronique de moyens. C'est pour cela que le Forum pour l'Archéologie en Wallonie, un groupe de réflexion formé voici un an, entend exposer aujourd'hui son point de vue sur la question.

Les fouilles archéologiques en Région wallonne manquent de moyens humains et financiers. L'emploi en archéologie, tous secteurs confondus, régresse alors que les missions sont toujours plus nombreuses (examen systématique des permis de bâtir, suivi des dossiers, sondages et fouilles à réaliser préalablement aux destructions, études et publications). Comme la Direction de l'Archéologie du Ministère ne peut pas engager de personnel complémentaire, même contractuel, elle est contrainte de confier une partie des recherches archéologiques à des tiers (ASBL, universités ou établissements scientifiques fédéraux). Cette situation engendre un surcroît de travail ainsi que des difficultés de gestion pour les uns et les autres. Ce sont ces difficultés qui ont été épinglées par la Cour des Comptes (1). Au sein de l'administration même, 80 pc du personnel employé en archéologie est contractuel.

Ceci dénote sans aucun doute un manque de reconnaissance de l'utilité publique de l'archéologie, et en particulier de l'archéologie préventive. Pourtant l'enjeu est de taille. Notre patrimoine archéologique est fragile et par définition irremplaçable. C'est cette menace que le Conseil de l'Europe a souhaité mettre en exergue et combattre en rédigeant la Convention européenne de la Valette pour la protection du patrimoine archéologique, un texte dont la ratification a été approuvée à l'unanimité par le Parlement wallon en 2003. La multiplication des grands travaux d'aménagement, indispensables à notre société, met en danger chaque jour notre patrimoine archéologique. La Convention souligne que chaque fois que la destruction de ce patrimoine est inévitable, les Etats doivent prévoir la prise en charge complète, par les moyens qu'ils jugent appropriés, du coût des opérations archéologiques destinées à collecter l'information avant sa disparition. En Wallonie, ce n'est pas le cas aujourd'hui.

Concrètement, cela signifie qu'aucun projet d'envergure telle qu'une nouvelle zone d'activité économique ou l'extension d'un aéroport ne devrait pouvoir voir le jour en Région wallonne sans que des recherches archéologiques ne soient réalisées. Pour chacun d'entre eux, un pourcentage de moyens humains et financiers proportionnels à l'importance des travaux envisagés devrait être budgétisé, ce qui est tout à fait à notre portée, notamment lorsque ce sont les pouvoirs publics qui sont à l'origine de l'aménagement.

L'archéologie n'est pas un luxe. Les neuf dixième de l'histoire de l'humanité ne nous sont accessibles que par cette science. Mais comme cela a été souligné ailleurs, un malentendu subsiste (2). L'archéologie n'est que rarement pourvoyeuse de trésors et d'objets susceptibles d'enrichir les collections des musées. Elle ne met pas souvent au jour des restes monumentaux. Elle est avant tout source de savoir nourri par l'organisation de fouilles méticuleuses. Et, contrairement aux images couramment véhiculées par les médias, ces recherches, qui permettent de reconstituer petit à petit le passé, sont surtout alimentées par des vestiges du quotidien peu spectaculaires. L'archéologie, surtout préventive, s'est professionnalisée et les archéologues sont capables aujourd'hui de poser des diagnostics clairs et fiables en des temps limités qui respectent le calendrier des aménageurs.

Face à l'inquiétude qu'a pu susciter auprès du public, l'article évoqué ci-dessus, nous voulons rappeler à tous que notre travail, chaque fois que possible, est rendu public par le biais de publications - trop rares il est vrai - d'expositions, d'organisation de visites de sites durant les Journées du Patrimoine, de visites scolaires sur chantiers ou dans nos laboratoires, de nombreux comptes-rendus dans la presse, conférences, etc., et que cela constitue sans aucun doute le meilleur des démentis.

Nous tenons aussi à réaffirmer clairement : non, nous n'avons pas baissé les bras malgré ces conditions difficiles, que nous soyons acteurs de l'archéologie wallonne au sein de l'administration ou des autres institutions et même si les moyens manquent, nous nous sentons pleinement engagés. C'est pour cela que nous formulons le voeu que dans le futur le plus proche possible suffisamment de moyens soient mis en oeuvre pour mener à bien l'inventaire de l'ensemble du patrimoine archéologique du territoire wallon et pour réaliser les évaluations systématiques rendues nécessaires par les destructions en cours et à venir.

Le Forum pour l'Archéologie en Wallonie, un collectif réunissant des archéologues et des techniciens issus d'ASBL, de l'administration de la Région wallonne, d'universités, d'établissements scientifiques fédéraux et de communes. Jean-Louis Antoine, Valérie Beugnier, Dominique Bosquet, Laurence Cammaert, Cristel Cappucci, Frédéric Chantinne, Hélène Collet, Olivier Collette, Sylvie Dasseler, Valérie Decart, Marianne Deckers, Marceline Denis, Isabelle Deramaix, Michèle Dosogne, Patrice Gautier, Cécile Jungels, Axelle Letor, Bérangère Martin, Elisa Pleuger, Anne Robertz, Pierre-Philippe Sartieaux, Nicolas Servais, Muriel Van Buylaere, Marie-Laure Van Hove, Marie Verbeek, Olivier Vrielynck et Michel Woodbury.

(1) 19e cahier d'observations adressé par la cour des comptes au Parlement wallon, fascicule 1er, 25 octobre 2007, 667 (2007-2008) n° 1.

(2) Nicole Pot, "Fouiller pour détruire, est-ce bien utile ?", "Le Monde diplomatique", décembre 2006.

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